Ségolène Royal et le réalisme des programmes
L'inscription
des déficits publics au centre des priorités internationales change la
donne pour 2012 en imposant un réalisme des programmes inhabituel.
Ces
dernières années, l'opinion publique a beaucoup évolué. Elle ne lit
plus l'avenir dans les programmes mais dans les tempéraments des
candidats. Le statut du programme est donc totalement modifié.
Trois évolutions majeures ont marqué l'opinion publique ces dernières
années.
Tout d'abord, l'émergence d'un besoin de pragmatisme. Il aura fallu deux
décennies pour que les Français acceptent de voir la France telle
qu'elle est, en crise, avec ses faiblesses et ses atouts, ses
difficultés et ses richesses.
Dans un premier temps, ce pragmatisme s'est traduit en négatif par le
refus des idéologies de toute nature et de tout bord. Les partis
politiques et, d'une manière générale les institutions, ont fait les
frais de cette désaffectation.
Deuxième évolution, la disparition des " nouveaux gourous ". L'opinion
publique n'a plus de directeurs de consciences, véritables maîtres à
penser susceptibles d'incarner les valeurs fortes de la société à un
moment donné. Chacun se fait son idée et assume cette " solitude de
choix " devenue une forme de reconnaissance de maturité et de liberté.
Troisième évolution de fond, l'émergence d'une " France modérée ". Une
France qui n'escompte pas de miracle mais souhaite une gestion efficace,
qui se défie du socialisme mais n'entend pas renoncer à sa protection
sociale, qui espère toujours mais ne rêve plus.
Une France qui a besoin de confiance, de courage et de coeur. C'est le
défi des " 3C ".
La confiance, c'est un sentiment d'assurance et d'espérance au profit
d'un candidat et de son équipe. Dans ce secteur, l'emploi sera de pierre
angulaire de tout déclic de confiance.
Le courage, c'est la capacité à faire prévaloir l'intérêt national sur
les calculs politiques, sur les engagements partisans, sur les recettes
démagogiques.
Le cœur, c'est notamment l'assurance que si la crise est bien là, et
qu'elle peut frapper chacun à chaque instant, par contre, il existe un
filet social qui peut amortir la chute.
Ces trois défis ne sont pas principalement du ressort du discours.
Ils dépendent très directement du perçu, du ressenti ; bref, de
l'irrationnel.
En conséquence, plus que jamais, c'est affaire de style, de tempérament,
de façon d'être.
Chaque candidat aux prochaines élections y compris locales doit intégrer
cette évolution : être et non plus promettre.
Pour l'instant, la présidentielle 2012 semble frappée par le surplace
qui précède les brusques accélérations.
C'est le temps pour chaque candidat de finaliser son projet, ses
actions. Ségolène Royal inscrit la "preuve régionale" comme ancrage de
sa nouvelle démarche.
Elle sera "la candidate des régions", du terrain loin des états majors
parisiens de la politique. C'est "la logique du Gouverneur" dans la vie
publique US. C'est la première fois que cette logique sera poussée à ce
point lors d'une présidentielle française.