Dominique Strauss-Kahn n’est pas de gauche .
Une fois pour toutes
Les preuves à l’appui
jeudi 20 mai 2010, par Olivier Bonnet
La superstar politique du moment, Dominique Strauss-Kahn, est invité ce soir par Arlette Chabot à l’émission A vous de juger, pour le possible premier acte du lancement de sa candidature à l’élection présidentielle de 2012. Le directeur du Fonds monétaire international, porté par des sondages qui le désignent comme meilleur postulant "socialiste", est surtout l’opposant à Sarkozy préféré par... l’électorat de droite. Et pour cause ! DSK ou Droitière Sociale démoKratie.
Le Fonds monétaire
international (FMI) est affligé d’une épouvantable réputation
chez les progressistes et altermondialistes de tous poils : il est le
bras armé économique du capitalisme ultralibéral et étrangle les peuples
en exigeant, en contrepartie de son aide financière, d’insupportables
coupes claires dans le budget social des Etats qui sont justement ceux
dont les populations ont le plus besoin d’aide publique. L’Afrique et
l’Amérique latine en savent quelque chose, mais c’est aujourd’hui
l’Europe qui se trouve dans le collimateur. Or la personnalité à la tête
de l’organisme se nomme Dominique Strauss-Kahn, dit DSK,
membre du "Parti solférinien", comme l’appelle Bernard Langlois
pour éviter tout fâcheux amalgame avec "socialiste". Oh, on
nous assure que, grâce à lui, le FMI a changé. C’est ce
qu’expliquait péniblement le strauss-kahnien Pierre Moscovici devant le
journaliste Samuel Etienne sur France 3. "Avant, c’était un
gendarme. Aujourd’hui, c’est un pompier." Tu parles ! Demandez
aux Grecs ce qu’ils pensent du pompier en question, interrogez
les Espagnols, sondez les Portugais. Et last but not least,
les Roumains. "Entre 30 et 50 000 personnes dans les rues de
Bucarest hier pour s’opposer aux mesures d’austérité du gouvernement
roumain, annonce ainsi ce matin Euronews, titrant sur une "manifestation monstre" : "Des
mesures en contrepartie de l’aide de 20 milliards d’euros allouée par le
FMI. Bucarest s’est engagé à
réduire de 25% les salaires des fonctionnaires et de 15% les retraites."
Alors, il a changé, le FMI, grâce à Saint-Strauss-Kahn ? Ne
continue-t-il pas d’imposer des sacrifices aux populations pour
satisfaire "les marchés" ? L’expression est bien commode pour ne pas
rappeler qu’il s’agit en l’occurrence des banques, fonds de pension, hedge
funds et autres spéculateurs, responsables de la crise et qu’on a
pourtant renfloués à prix d’or, et qui persistent à exiger d’indécents
profits, s’engraissant sur la misère des peuples ! Et si aujourd’hui,
nous appelons à la création d’un Front
populaire anticapitaliste, en proclamant que Nous
refusons de payer pour la finance, c’est justement contre
la traîtrise annoncée de la sociale-démocratie, qu’incarne si bien DSK,
son air patelin et sa supposée expertise économique. Ce soir, il va
encore prétendre qu’il n’y a pas d’alternative, suivant le
dogme libéral qui entraîne pourtant le monde vers le chaos.
"Des études précédentes ont
montré que les programmes économiques du FMI ont influé sur les
infrastructures du système de santé des pays dans lesquels ils étaient
appliqués", expliquent en introduction les trois chercheurs auteurs
d’une étude publiée en 2008 par le New York Times , des universités de
Cambridge (Grande Bretagne) et Yale (États-Unis). Ils ont donc scruté à
la loupe, entre 1992 et 2003, les évolutions respectives en matière de
progression de la tuberculose des pays ayant contracté un prêt du FMI
et de ceux qui n’étaient pas dans ce cas. Leur conclusion est
affirmative : "L’augmentation
de la tuberculose est liée aux prêts du FMI". Notre
commentaire d’alors est hélas toujours valable : "Le FMI inocule-t-il
sciemment aux populations concernées le bacille de Koch, bactérie
responsable de la tuberculose, en leur envoyant des porteurs de grosses
valises de billets de banque contaminés par cette maladie, pour qu’ils
crachent leur toux contagieuse (seule voie de contagion) à la face de
ces traîne-savates des pays de l’est ? L’hypothèse est plaisante mais
peu plausible. Les choses sont à la fois moins simples et plus
perverses. Les exigences du FMI, lorsqu’il s’agit d’accorder un
prêt à un État, sont draconiennes. Et frappées du sceau du libéralisme
le plus orthodoxe : le fond exige des "réformes structurelles" -
amusante, cette parenté avec le discours sarkozyste, n’est-il pas ? - à
savoir des coupes claires par exemple dans les budgets de l’éducation
ou de la santé, en parallèle avec des privatisations des services
publics. "Si vous voulez notre argent, respectez la doxa libérale !"
Malpropreté, surpeuplement, alcoolisme : ces facteurs favorisant la
tuberculose indiquent clairement qu’il s’agit d’une maladie des pauvres.
Ainsi, de la même façon que, partout où elles sont appliquées, les
recettes libérales provoquent une aggravation des inégalités et une
explosion de la pauvreté, les conditions d’obtention des prêts du
FMI conduisent ses débiteurs à mener des politiques antisociales,
pour le résultat mis à jour par l’étude : 16,6% de mortalité
supplémentaire, décès causés par la tuberculose. Cette maladie
tue actuellement deux millions de personnes dans le monde chaque année,
tandis que 8,5 millions de nouveaux cas sont dans le même temps
diagnostiqués, dont environ 6 000 en France. Gageons qu’avec les belles "réformes"
et la jolie "modernisation" assénées à notre malheureux pays
par la clique au pouvoir, nous grimperons vite dans la hiérarchie des
tuberculeux de la planète."
Voilà ce
qu’est donc le FMI. Et qu’un "socialiste" le dirige est une
imposture, un reniement de tout ce que doit défendre la gauche. Ségolène
Royal, citée par le Journal du dimanche, a beau
jeu de délcarer : "le Fonds monétaire international, qui n’a pas
changé, après les cures d’austérité imposées en Afrique et en Amérique
latine. En Grèce comme ailleurs, il applique la même méthode :
abaissement des salaires, démantèlement de la protection sociale,
augmentations des taxes." Et le journal d’ajouter : "Sans
jamais prononcer le nom de son rival, l’ex-candidate prend délibérément
le contre-pied du discours des amis de Strauss-Kahn sur le "nouveau
FMI". Mais comment DSK aurait-il bien pu vouloir
changer le FMI, alors qu’il n’a cessé de donner de solides
gages au capitalisme ultralibéral depuis qu’il s’est installé à sa
tête ? Extrait d’un billet
de décembre 2007 : "L’élection d’un nouveau président et la
nomination d’un gouvernement ouvertement réformateur offrent à la France
l’occasion historique de renouer avec une croissance soutenue où chacun
verrait ses opportunités accrues", s’enthousiasment ses experts
[du FMI]. Ils valident également la méthode sarkozienne
des réformes groupées : "Concernant l’enchaînement optimal des
réformes....;