Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vu au MACROSCOPE
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 380 289
Newsletter
9 juillet 2010

"La stratégie élyséenne : diffuser des extraits d'audition tronqués" Lhomme (Mediapart) et Davet (Le Monde) sur notre plateau

Un pouvoir politique écartelé entre le désarroi et la fureur, et même pris de panique devant les révélations de la presse sur l'affaire Woerth-Bettencourt. Cela faisait très longtemps que l'on n'avait pas vu cela en France, peut-être même depuis que le Monde avait révélé que le Rainbow Warrior de Greenpeace avait été coulé par des espions français, dans les années 80. La violence de l'affrontement entre le pouvoir et nos confrères de Mediapart chamboule toutes les lignes de partage entre les nouveaux et les anciens médias, et pose de nombreuses questions sur le rôle, et les méthodes, du journalisme d'investigation en France.

Pour évoquer ces thèmes d'importance avec nous sur le plateau, deux acteurs-clé : Fabrice Lhomme, l'un des auteurs des révélations de Mediapart, et Gérard Davet, qui suit l'affaire au jour le jour pour le Monde.

L'émission    est animée par Daniel Schneidermann, déco-réalisée par François Rose
et    préparée par Dan Israel

La vidéo                  dure 1 heure et 7 minutes.

Si la lecture des            vidéos est saccadée, reportez-vous à nos conseils.


Comment un des journalistes les plus écoutés de France suit-il cette affaire qui tient le pays entier en haleine ? C'est la question que s'est posée notre documentaliste Lucie Desvaux pour démarrer cette émission. Elle a scruté le traitement de l'affaire Bettencourt par Jean-Pierre Pernaut, et n'a pas été déçue : une toute petite poignée de sujets, des commentaires dénigrant "un site internet" et ses "rumeurs" et une large place laissée aux justifications gouvernementales… (acte 1)

L'affaire Bettencourt est désormais un feuilleton alimenté et suivi heure par heure par la presse. Dernière poussée de fièvre en date : l'audition de l'ancienne comptable de la milliardaire par les policiers jeudi 8 juillet, où elle a reculé en partie sur ses affirmations, publiées par Mediapart, concernant le financement illégal des campagnes de Sarkozy (tout le détail est dans notre article). L'Elysée, et le Figaro, se sont précipités pour clamer qu'une erreur sur une date et une hésitation sur des enveloppes allant directement à Sarkozy faisaient tomber toutes les révélations antérieures.

Mais nos deux invités racontent avec minutie comment des extraits soigneusement sélectionnés de l'audition sont arrivés dans toutes les rédactions : "On n'a eu aucun mal à obtenir des extraits du PV, les sources n'ont jamais été aussi nombreuses et faciles d'accès, signale Gérard Davet. Mais il a été beaucoup plus compliqué d'en obtenir l'intégralité." Et pour cause : dans ses déclarations, la comptable ne recule en rien sur son accusation principale : début 2007, elle a retiré 50 000 euros qui ont été remis à Eric Woerth pour financer la campagne de l'actuel chef de l'Etat. Le journaliste du Monde n'a aucun doute : la facilité avec laquelle diverses sources ont donné accès aux extraits choisis témoigne d'une "offensive élyséenne" pour décrédibiliser les accusations de Mediapart. Mais dans "la course à l'info" qui règne entre les médias, il a jugé qu'il devait néanmoins publier ces extraits tronqués, le temps d'obtenir l'intégralité de l'audition, avec laquelle il a complété son article. Au passage, Davet lâche une petite bombe : son journal s'était vu proposer les enregistrements, "mais n'a pas donné suite pour diverses raisons".

Fabrice Lhomme souligne, lui, que cette enquête est une enquête préliminaire "contrôlée par le procureur, dont les liens sont institutionnels avec l'exécutif, dans une procédure non-contradictoire" : "Ceux qui détiennent les informations sont les magistrats du parquet et leur hiérarchie." (acte 2)

Lhomme raconte ensuite, pour la première fois dans les détails, comment il a obtenu les confidences de l'ex-comptable Claire Thibout, qui ont fait tant de bruit (pour se faire une idée de ses répercussions, lisez notre article). Il l'a rencontrée une première fois le dimanche 4 juillet, avec dans l'idée de publier un long entretien en fin de semaine suivante. Mais il apprend le lundi soir que la comptable a été auditionnée deux fois dans la journée par la police, et qu'elle a lâché le morceau sur l'enveloppe glissée à Eric Woerth. "Je savais que cela allait faire l'effet d'une bombe, je l'ai donc rappelée dans la soirée", témoigne-t-il. "Et c'est elle qui a insisté pour que je publie son témoignage le plus vite possible." Mais alors que ce témoin capital est revenu sur une partie de ses déclarations, pourquoi ne pas avoir enregistré l'entretien ? Après avoir esquivé quelques instants, Lhomme convient qu'il n'avait pas d'enregistreur chez lui, et que dans l'urgence il n'a pas pu s'en procurer… Mais il n'était "pas du tout inquiet : la façon dont cette femme m'a parlé, la précision des détails qu'elle m'a donnés, ce que je savais d'elle… Je n'imaginais pas qu'elle pourrait se rétracter, même partiellement."

Daniel interroge ensuite Davet sur le choix de donner le nom de famille de la comptable. "Je ne voulais pas m'appuyer sur un témoignage anonyme." "J'ai considéré qu'il fallait crédibiliser ce témoignage en donnant tous les éléments aux lecteurs." (acte 3)

On passe ensuite aux très nombreuses attaques cont Mediapart de la part du gouvernement et de la majorité, des plus grossières (Xavier Bertrand dénonçant ses "méthodes fascistes") aux plus raisonnées (Eric Besson demandant pourquoi le site entretient à ce point un feuilleton, en sortant les informations au goutte-à-goutte). Après avoir balayé les critiques les plus brutales, le journaliste de Mediapart insiste : il n'a pas entretenu à dessein le suspense, mais il publie les informations lorsqu'elles lui parviennent et qu'il les a recoupées.

Pour Davet, "la volée de bois vert" que prend en ce moment le site d'info n'est pas liée à son travail journalistique, mais à son image, en particulier "dans la Sarkozie" : "Edwy Plenel est classé à gauche, un site ouvertement anti-sarkozyste, dont la direction a été pro-ségoléniste pendant très longtemps." Il salue en revanche le travail journalistique de ses confrères : "Evidemment, nous sommes tous à la remorque de Mediapart." Mais il estime avoir repris la main dans le suivi de l'enquête en cours… Et si Le Monde avait finalement eu les enregistrements en main, les aurait-il diffusés ? Davet n'en a pas l'air totalement convaincu, mais aurait "personnellement poussé en ce sens". Aujourd'hui, explique-t-il, Le Monde est moins centré sur l'investigation, et plus sur l'analyse et la chronique, ce qu'il regrette, même s'il est "très heureux" dans sa rédaction (acte 4).

Dernier élément de langage en date pour dénigrer Mediapart ? Le rappel d'une grosse erreur du Monde à l'époque où il était dirigé par Plenel : en 2003, en plein cœur de l'affaire Baudis, où le président du CSA était accusé, à tort et sans preuve, d'avoir participé à des orgies sado-masochistes, le quotidien avait publié un article très détaillé décrivant la maison où étaient censées avoir lieu ces orgies (tous les détails sont ici). Plenel avait dû s'excuser, et le gouvernement ressort opportunément cet épisode. Mais l'argument n'émeut ni Lhomme, ni Davet, qui avait été missionné pour enquêter sur l'affaire Baudis après cette grossière erreur.

Reste à aborder un dernier point, incontournable et sensible : celui des sources. Qui a fourni les enregistrements pirates à Mediapart, mais aussi au Point ? Bien sûr, le journaliste de Mediapart ne divulgue pas sa source. Mais tous les regards se tournent vers M° Olivier Metzner, l'avocat de la fille de Liliane Bettencourt, qui annonçait le 10 juin dans le Nouvel observateur qu'il s'apprêtait à dévoiler un "document explosif". Dans un article publié le 8 juillet, Le Monde le désigne d'ailleurs sans ambiguïté. Toujours sans dévoiler sa source, Lhomme tient à corriger un point de cet article : contrairement à ce qui est indiqué dans le Monde, personne n'a "réparti les rôles entre le Point et Mediapart", en obligeant le site à se concentrer sur les révélations politiques, et le magazine sur les rapports compliqués entre Bettencourt et le photographe François-Marie Banier (acte 5).

Tous les épisodes de ce feuilleton haletant sont dans notre dossier "La milliardaire, le fisc et le pouvoir".


Vous pouvez aussi utiliser le découpage en actes. Si la lecture des            vidéos est saccadée, reportez-vous à nos conseils dans la             rubrique d'aide.

Acte 1

Acte 2


Acte 3


Acte 4

 

Acte 5

Source:Arrêt sur images


Gazette d'@rrêt sur images, n°133

Ce fut une matinée de folie. A peine l'ancienne comptable des Bettencourt avait-elle été interrogée, nuitamment, sans avocat, par la police, que le pouvoir faisait fuiter à l'aube les éléments qui l'arrangeaient. Le site du Figaro reprenait cette propagande. Aussitôt, l'Elysée embouchait les trompettes du triomphe : la comptable, parait-il, retirait ses accusations. Il fallait attendre quelques heures, pour que les interrogatoires complets (et très différents des extraits) soient enfin diffusés par la presse en ligne.

Ce sont ces heures sans précédent, que nous racontent en détail cette semaine deux acteurs de premier plan, Fabrice Lhomme (Mediapart) et Gérard Davet (Le Monde). Ce récit, qui décrit parfaitement les risques de l'information en temps réel, est d'intérêt public. Même si vous n'êtes pas abonnés, nous avons voulu que vous puissiez voir cette émission. Elle est donc en accès libre, ici (1). Ses meilleurs moments sont là (2).

Une chose est sûre depuis cette semaine : les nouveaux médias en ligne, jusqu'alors cantonnés à la marge,
sont désormais au centre du paysage politique. Plus personne ne pourra compter sans eux. A vous de jouer, maintenant. Dans les raisons qui vous ont retenu, jusqu'à présent, de vous abonner, peut-être y avait-il une crainte : vous n'étiez pas certains de notre longévité. Vous voilà rassurés, j'espère : "une nouvelle presse est née, avec de vrais journalistes dedans, avec de vrais lecteurs debout", résume fièrement, dans nos forums, une de nos abonnées de la première heure. Je vous le révélais la semaine dernière : après notre décision d'embaucher Didier Porte, licencié de France Inter, les abonnements ont afflué. Ils ont aussi déferlé à Mediapart, tous ces derniers jours, et nous nous en réjouissons. Donc, oui, vous aussi, soyez un de ces lecteurs debout, abonnez-vous (3) à @rrêt sur images !

--

Notre ressource UNIQUE est constituée par les abonnements, alors n'attendez plus. (4)

--
Daniel Schneidermann



Publicité
Commentaires
Publicité
Vu au MACROSCOPE
Derniers commentaires
Publicité
Archives
Publicité
Publicité