"Aubry-Royal, l’entente cordiale"
"succès de la prestation de Ségolène Royal, sur France 2", un point pour Ségolène, la balle au centre
Dessin de Plantu, première page du journal Le Monde daté du 12 septembre 2010
Alors qu’il y a peu encore, la presse boudait Ségolène Royal, il semble que les journalistes redécouvrent la candidate à l’élection présidentielle depuis quelques jours. Après une chronique dans Le Monde daté d’aujourd’hui (« À nous de juger » de Franck Nouchi en page 26), c’est en première page du quotidien que Ségolène Royal apparaît, dans le dessin de Plantu de l’édition datée de dimanche 12 septembre, souriante à côté d’une Martine Aubry au visage neutre, les deux socialistes courant vers les urnes de vote de 2012.
À La Rochelle, les médias avaient parlé de Ségolène Royal, région Poitou-Charentes et discours d’ouverture obligent. L’émission « À vous de juger » jeudi dernier sur France 2 a permis à Ségolène Royal de marquer des points, dans un débat sur les retraites qu’elle maîtrise parfaitement, ayant adopté sur ce thème une position claire bien avant que le PS n’arrive, malgré des tiraillements, à émettre des propositions sur le sujet.
Les partisans de Martine Aubry essayent de se rassurer, disant que Ségolène Royal avait « travaillé (…) à la préparation de l’émission, avec Martine Aubry, Marisol Touraine, et Benoît Hamon », mais Ségolène Royal a joué une partition qui lui est propre, tout en défendant les positions du parti socialiste : elle a par exemple mis en avant l’idée d’un référendum d’initiative populaire sur les retraites, point qui ne figure pas dans les propositions socialistes. Elle a également dénoncé les puissances de l’argent, « les banques, les assurances, les fonds de pension » « tapis dans l’ombre », une position qu’elle renouvelle depuis plusieurs années, et qu’elle avait prise à nouveau à Montpellier lors de la 2ème Fête de la Fraternité en 2009.
Les partisans de Martine Aubry notent aussi que les régionales ont remis en selle la première secrétaire du PS, lui rendant « sa légitimité ». Mais de fait, la victoire des régionales est avant tout la victoire des présidents de régions… et Ségolène Royal, présidente de la Région Poitou-Charentes a enregistré le 2ème meilleur score en France métropolitaine (60,61% au second tour), dans une région dominée par la droite de Jean-Pierre Raffarin jusqu’en 2004, le meilleur score étant détenu par le président de la région Midi-Pyrénées ancrée à gauche.
Mais que les partisans de Martine Aubry veuillent croire que les élections de 2012 n’auront pas la même tête d’ « affiche qu’en 2007 », qu’ils disent que Martine Aubry « est un diesel », ou qu’ils clament que les ténors forment « une équipe » qui « fait circuler la balle », les faits sont là : Le Monde note « le succès de la prestation de Ségolène Royal, sur France 2 », alors qu’il note que Martine Aubry « avait décliné l'invitation, arguant d'un impératif à Lille avec deux ministres belge ». Le quotidien note même : « Contactée par Arlette Chabot, Ségolène n’a pas hésité ». En matière de passage de balle, 1 point pour Ségolène Royal, la balle au centre.
Frédérick Moulin
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12 septembre 2010
Aubry-Royal, l'entente cordiale
C'est le couple surprise de l'année : la première secrétaire du PS et la candidate de 2007 ne cessent d'afficher leurs accords. Jusqu'à quand ?
Martine Aubry et Ségolène Royal le 29 août 2010 à La Rochelle (Jean-Claude Coutausse pour Le Monde)
Leur animosité était si grande, leur détestation si forte, leur rivalité si cruelle, que la réconciliation garde un soupçon d'improbable. Martine Aubry et Ségolène Royal se reparlent en tête à tête, s'affichent ensemble comme à La Rochelle et se partagent les rôles, comme jeudi soir, sur France 2, lorsque Ségolène Royal a remplacé Martine Aubry, pour livrer bataille au nom du Parti socialiste contre le projet de réforme des retraites. La première secrétaire avait décliné l'invitation, arguant d'un impératif à Lille avec deux ministres belges. Contactée par Arlette Chabot, Ségolène Royal n'a pas hésité.
Nul ne sait ce que les deux anciennes rivales du congrès de Reims se disent. Tout juste connaît-on le rituel de leur rencontre, presque protocolaire : la première secrétaire se rend, seule, une fois par mois dans les bureaux parisiens de l'ancienne candidate à l'élection présidentielle, boulevard Raspail. Les conversations ne dépassent pas le huis clos, ou en tout cas l'oreille des confidents les plus proches. " A force, elles vont finir par se trouver sympathiques ", persiflent les entourages respectifs.
Lorsqu'il a vent des rencontres, François Hollande, l'ancien premier secrétaire, rival de Martine Aubry et ancien compagnon de Ségolène Royal, a souvent les oreilles qui sifflent ! " Elles partagent au moins leur détestation de François ", se désole un proche du député de la Corrèze.
Le rapprochement est encore frais. C'était au printemps, au sortir des élections régionales, première victoire électorale de Martine Aubry. Ségolène Royal, confortablement réélue dans son fief de Poitou-Charentes, reçoit un message de félicitations de la première secrétaire. Elle décroche son téléphone. " Merci Martine, nous devrions nous voir. " Le 31 mars, Mme Aubry se fait déposer au pied du boulevard Raspail par son chauffeur. Depuis, l'habitude a été prise.
Les deux rivales ont fait promesse de se ménager. Finies les mauvaises manières, oubliées les soupçons de tricherie, Mme Royal et Mme Aubry ont chacune mesuré l'intérêt d'une pacification. " Je suis dans une dynamique de sagesse mais je veux être respectée ", assure Ségolène Royal. " Elle a rassuré tout le monde en promettant qu'elle ne jouerait pas contre les intérêts du parti et elle s'est en même temps réintégrée dans le jeu des présidentiables ", décryptent ses partisans. " Martine Aubry avait du mal avec Ségolène Royal, trop insaisissable. Elle avait peur qu'elle ne se place en dehors des primaires du parti ", observe un membre de la direction. " Les régionales ont tout changé. La victoire a donné à Martine sa légitimité. Ségolène Royal l'a reconnue. Aujourd'hui, Martine est la garante de l'unité du parti. En deux ans, elle a remis debout un parti à la renverse ", défend Claude Bartolone, un proche de Mme Aubry.
Mais la mise en scène de leur union est trop appuyée pour ne pas relever les rivalités persistantes des deux " camarades ". Ségolène Royal n'a renoncé à rien et continue d'entretenir par petites touches l'ambiguïté sur ses ambitions. " Je me sens une dette vis-à-vis des Français. En campagne, je ne suis pas la plus mauvaise. J'aime ça ! L'évolution du parti montre que j'étais en avance. Mes idées diffusent, l'ordre juste, la fraternité ", a-t-elle confié, rayonnante dans les couloirs de La Rochelle. Tout juste s'autorise-t-elle un doute : " Les Français voudront-ils la même affiche qu'en 2007 ? "
" Non,affirme Claude Bartolone, député PS de Seine-Saint-Denis. 2007 c'était la campagne des enfants de la télé. La crise est tellement grave que nous n'aurons pas en 2012 une campagne d'images. "Michel Sapin, proche de François Hollande, partage l'analyse : " 2007 était un moment très particulier, les deux candidats principaux étaient nouveaux, le ressort c'était la rupture. L'absence de réponse face à la crise fait qu'on recherchera un autre profil en 2012. "
Les deux femmes, au caractère et au profil si différents, se disputent le même registre, le statut de première opposante. Mais quand Martine Aubry joue la prudence, pèse ses mots, Ségolène Royal sonne la charge, comme en pleine affaire Woerth-Bettencourt ou elle pourfend au " 20 heures " de TF1 " le système corrompu " de Nicolas Sarkozy. " Aubry, c'est un diesel, il lui faut du temps pour monter en puissance, trouver ses marques. Elle avance une haie après l'autre ", analyse un proche de la première secrétaire.
Jeudi soir 9 septembre, devant le succès de la prestation de Ségolène Royal, sur France 2, saluée par les partisans, comme les contempteurs de l'ancienne candidate de 2007, la Rue de Solférino a dû affûter ses arguments. " Martine Aubry a voulu montrer à travers ce moment qu'il faut faire vivre le collectif, plaide la direction du parti. Ségolène s'est exprimée au nom du parti. Nous avons travaillé avec elle à la préparation de l'émission, avec Martine Aubry, Marisol Touraine et Benoît Hamon. Le format de l'émission, le fait qu'il n'y avait pas de dialogue avec le premier ministre, mais une succession d'intervenants n'obligeait pas la première secrétaire à être là. "
" Nous sommes une équipe, insiste François Lamy, le conseiller politique de Martine Aubry. Nous ne sommes pas dans les primaires. Pour l'instant on fait circuler la balle. Nous ne sommes pas à savoir qui marquera le but. " La première secrétaire a bien l'intention de reprendre la balle au bond : dès samedi, et durant toute la semaine, elle compte s'exprimer sur les retraites et enfiler son brassard de capitaine.
Sophie Landrin