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14 avril 2011

Grandes écoles : le coup de l’Elysée contre la laïcité

12 Avril 2011 Par Laurent MAUDUIT sur MEDIAPART

C'est un fait exceptionnel dans l'histoire de l'éducation nationale. Sur demande de l'Elysée, quelques étudiants juifs pratiquants vont pouvoir passer dans la seconde quinzaine du mois d'avril les concours d'entrée à plusieurs grandes écoles, ceux des Mines, des Ponts, de Centrale et de Supélec, pour partie en dehors des sessions normales d'examen. Des sessions secrètes de nuit ont été prévues, avec un confinement préalable des candidats concernés plusieurs heures avant.

Alors que le chef de l'Etat, relayé par son ministre de l'intérieur Claude Guéant, orchestre depuis des semaines une campagne de stigmatisation ciblant les immigrés d'origine arabe, l'affaire que révèle Mediapart met en évidence que la défense de la laïcité, souvent avancée pour justifier cette politique, n'est en réalité qu'un prétexte. A preuve, le chef de l'Etat n'a pas le moindre scrupule à violer, quand il le veut, le principe de la laïcité.

L'organisation des concours aux grandes écoles suit un processus méticuleux, encadré par la loi et une jurisprudence fournie. Les dates sont choisies de telle sorte qu'elles ne chevauchent naturellement pas les jours fériés, qui recoupent notamment certaines fêtes de la religion catholique. Les organisateurs des concours doivent aussi fixer des dates qui ne chevauchent pas non plus ce qu'il est convenu d'appeler « les dates religieuses protégées ». En clair, chaque année, un arrêté ministériel établit un calendrier fixant les « autorisations d'absence pouvant être accordées à l'occasion des principales fêtes religieuses des différentes confessions ». Les examens publics ou les concours d'entrée aux grandes écoles n'ont donc jamais lieu à ces dates.

Pour l'année 2011, une circulaire en date du 2 décembre 2010, signée par le ministre du budget, François Baroin, et le secrétaire d'Etat chargé de la fonction publique, Georges Tron, donne ces dates religieuses protégées, qu'il s'agisse des fêtes orthodoxes (6 et 19 janvier, 22 avril, 2 juin), des fêtes arméniennes (6 janvier, 3 mars, 24 avril), des fêtes musulmanes (15 février, 30 août, 6 novembre), des fêtes juives (8 et 9 juin, 29 et 30 septembre, 8 octobre) ou encore de la fête bouddhiste (17 mai).

C'est en quelque sorte le mode d'emploi d'une République laïque, mais tolérante : la vie publique est organisée de telle sorte que chacun puisse pratiquer un culte, s'il le souhaite. Cette circulaire, on peut la télécharger ici ou la consulter ci-dessous:

 

 

Cette organisation est souvent contestée. Des candidats demandent des exemptions complémentaires mais butent à chaque fois sur une jurisprudence constante du Conseil d'Etat. Car la loi française est très claire. Elle est rappelée par une circulaire de 2004 sur la laïcité signée par François Fillon (il s'agit de la circulaire n°2004-084 du 18.5.2004, JO du 22.5.2004) qui édicte en particulier ceci :

« Des autorisations d'absence doivent pouvoir être accordées aux élèves pour les grandes fêtes religieuses qui ne coïncident pas avec un jour de congé et dont les dates sont rappelées chaque année par une instruction publiée au B.O. En revanche, les demandes d'absence systématique ou prolongée doivent être refusées dès lors qu'elles sont incompatibles avec l'organisation de la scolarité. L'institution scolaire et universitaire, de son côté, doit prendre les dispositions nécessaires pour qu'aucun examen ni aucune épreuve importante ne soient organisés le jour de ces grandes fêtes religieuses. »

 

Sur la sellette, les 20 et 26 avril

Cette jurisprudence est d'ailleurs confortée par un arrêt célèbre du 27 octobre 1972, dit arrêt Vivien Prais, de la Cour de justice des communautés européennes qui a prononcé le rejet d'une requérante demandant à passer un concours des Communautés européennes à une autre date que celle prévue, en raison de ses convictions religieuses.

C'est donc en fonction des dates des fêtes religieuses protégées que les responsables des concours publics doivent arrêter leur propre calendrier. Dans le cas des concours aux grandes écoles d'ingénieurs, c'est ce qui est advenu. En l'occurrence, pour les étudiants en classe préparatoire, il existe à l'issue de « Math-spé » deux grands concours prestigieux, pour devenir ingénieur. Il y a d'abord ce que l'on appelle le « concours commun », qui regroupe les concours d'admission aux Ponts et aux Mines. Et puis, il y a un second concours, celui pour l'admission à l'Ecole Centrale et à Supélec.

Le concours commun (Mines-Pont) doit ainsi avoir lieu les 20, 21 et 22 avril prochains. Et le concours à Centrale et Supélec doit avoir lieu quelques jours plus tard, les 26, 27, 28 et 29 avril prochain. Ce calendrier peut être consulté sur le site Internet du Service de concours aux écoles d'ingénieurs. On trouvera ci-dessous le calendrier de ces concours :

                                  Cliquer sur ce tableau pour l'agrandir

 

 

Or, cette année, un séisme est venu ébranler cette procédure rodée : un oukase en provenance de l'Elysée a exigé que deux séances de nuit soient organisées dans le plus grand secret pour certains étudiants juifs. Comment violer aussi ouvertement les principes de la laïcité sans que cela se sache ? Pour l'organisation de ces deux séances secrètes, il a fallu mettre dans la confidence quelques hauts fonctionnaires, notamment au ministère de l'enseignement supérieur. Et, dans cette maison, cela a suscité une si vive émotion, que Mediapart a fini par en être alerté. Découvrant le projet, nous n'avons eu ensuite guère de difficultés à vérifier les détails du plan de l'Elysée. Mediapart a eu connaissance en particulier des documents préparatoires qui ont conduit à l'invention de ces séances secrètes.

Les organisateurs des deux concours ont ainsi appris en début d'année que le chef de l'Etat souhaitait un dispositif secret et hors norme. La demande était la suivante. Les fêtes de la Pâque juive (la fête de Pessah) durent du 18 avril au soir jusqu'au 26 avril. Le chef de l'Etat a fait valoir qu'il aimerait qu'une solution soit trouvée pour que les étudiants juifs pratiquants qui le souhaitent n'aient pas à concourir dans la journée du 20 avril, dans le cas du concours commun, et dans la journée du 26 avril, pour Centrale et Supélec.

 

Confinement pendant 14 heures

Le bon fonctionnement républicain aurait voulu que l'Elysée ne défende pas une telle position. Ces dates ne figurent pas en effet dans la circulaire qui fixe les dates religieuses réservées. En Israël, ces deux dates ne sont pas plus fériées : seul, le premier jour de la Pâque juive est férié, soit le 19, mais pas le second, le 20 avril (début du concours commun), et pas plus le 26 avril. Si une telle demande avait été adressée au chef de l'Etat, l'Elysée aurait donc pu faire valoir que c'était strictement impossible. D'autant que les dates de ces concours chevauchent aussi d'autres dates religieuses symboliques, pour d'autres cultes : le concours commun se déroule ainsi jusqu'au 22 avril, qui correspond pour les catholiques au vendredi saint ; lequel vendredi est aussi chaque semaine un jour de prière important pour les musulmans.


Malgré tout, l'Elysée a voulu passer en force. En début d'année, les organisateurs des deux concours ont reçu l'ordre de prévoir un dispositif exceptionnel. Pour le concours commun, il a été prévu que les étudiants concernés seront confinés, sans doute dans un hôtel parisien, quand l'épreuve commencera, le 20 avril à 8 heures du matin. Fouillés, surveillés en permanence jusque dans les toilettes, les candidats seront en quelque sorte tenus au secret, dans l'impossibilité d'être en relation avec le monde extérieur. Et ils ne commenceront l'épreuve que quatorze heures plus tard, la nuit suivante, à 22 heures, et composeront jusqu'à 2 heures du matin. Un système identique a été mis au point pour la journée du 26 avril, pour l'autre concours.

C'est donc un système ahurissant qui a été mis au point à la demande de l'Elysée. Ahurissant, d'abord pour les étudiants concernés et qui pourtant le demandent – on parle d'une petite dizaine tout au plus. Car, épuisés après avoir travaillé jusqu'à 2 heures du matin, ils n'en devront pas moins, six petites heures plus tard, commencer dès 8 heures du matin l'épreuve prévue pour le deuxième jour du concours. Le dispositif joue donc contre leurs intérêts, car ils passeront leur concours dans une situation d'épuisement.

Ahurissant aussi, parce que le système contrevient aux principes de la laïcité et de l'égalité des candidats. Dans toutes les écoles concernées, cela a été un tollé d'indignation. Et, selon nos informations, tous les organisateurs des concours n'ont accepté de mettre ce dispositif en place qu'à la condition d'en recevoir l'ordre écrit.

Car qui pourra accéder à cet examen en pleine nuit ? Pour garantir l'égalité des candidats, il aurait fallu que cette possibilité soit ouverte à tous les candidats au concours – et ils sont nombreux : plus de 13.000, pour ne parler que de Centrale et Supélec. Mais dans ce cas, il aurait fallu aussi qu'une publicité soit faite autour de ce dispositif. Ce qui aurait eu deux effets pervers : d'abord, l'Elysée n'aurait pas échappé à une tempête de critiques. Et puis, par avance, des référés auraient pu intervenir devant la juridiction administrative et l'Elysée aurait encouru un second camouflet, avec la possible annulation de ce concours bizarroïde.

 

Deux consultations juridiques très critiques

Du coup, des tractations ont été menées dans les sommets du pouvoir. Selon nos informations, c'est Bernard Belloc, conseiller à l'Elysée pour l'enseignement supérieur et la recherche, qui a été chargé de mettre en œuvre le plan du chef de l'Etat. Dans d'autres cabinets ministériels, d'autres hauts fonctionnaires ont été mis dans la confidence : évidemment, Olivier Pagezy, le directeur de cabinet de Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur; mais aussi, Alexandre de Juniac, le directeur de cabinet de la ministre des finances ; ou encore Frank Supplisson, le directeur de cabinet du ministre de l'industrie. Et finalement, il a été décidé que ces deux jours d'épreuves de nuit soient tenus secrets.

Le secret voulu par l'Elysée fragilise encore plus ce concours. Non pas à cause du confinement auquel seront contraints les candidats, car cette pratique est admise dans l'éducation nationale. Notamment, les étudiants de Martinique et de Guadeloupe peuvent être contraints à un confinement de quelques heures, pour passer les mêmes examens ou concours qu'en métropole, mais en tenant compte du décalage horaire. Mais parce que dans le cas présent, la mise au secret va durer quatorze heures, avant que les candidats ne commencent l'épreuve, ce qui à l'heure d'Internet et des smartphones est un temps exceptionnellement long. Et ce qui pourra alimenter d'innombrables contestations...

Plus grave, comment et par qui seront prévenus les candidats susceptibles de concourir la nuit ? Comme le ministère de l'enseignement supérieur ne dispose évidemment pas d'un fichier des étudiants juifs, qui alertera confidentiellement quelques étudiants de cette possibilité ? Et pourquoi d'autres étudiants, qui pourraient préférer, pour une raison ou une autre, passer cette séance ne seraient pas mis dans la confidence ?

Quoi qu'il en soit, c'est un engrenage que le chef de l'Etat a enclenché. D'abord, parce qu'il n'évitera pas les controverses. Deuxio, les risques de recours devant le Conseil d'Etat seront d'autant plus forts. C'est le diagnostic des juristes qui ont été consultés par le ministère de l'enseignement supérieur : en cas de contestation devant le Conseil d'Etat, les risques d'annulation de l'épreuve sont très forts. En quelque sorte, c'est toute une année de travail de milliers et de milliers d'étudiants en classe préparatoire qui pourrait alors être mise en cause, du fait d'un caprice de l'Elysée.

Mediapart a cherché à interroger toutes les personnes qui, à un titre ou à un autre, ont été informées de ce dispositif ou ont contribué à le mettre en place. Au ministère de l'enseignement supérieur, nous avons obtenu les explications suivantes d'un collaborateur de la ministre Valérie Pécresse : ces dates des 20 et 26 avril ont été oubliées, lors de la mise au point de la circulaire fixant les dates religieuses protégées pour 2001 ; pour réparer cette omission, une première solution a été explorée, visant à changer les dates des concours, mais cela s'est avéré impossible ; c'est alors que l'autre piste, celle d'une composition décalée, a été choisie, à l'instar des dispositifs souvent retenus pour les concours passés par des étudiants ultramarins.

De l'entourage de la ministre, Mediapart n'est toutefois pas parvenu à obtenir d'explication sur le caractère secret de ce dispositif, et sur les risques de recours juridique qui pesaient du même coup sur tous les candidats.

 

Clientélisme d'un côté, stigmatisation de l'autre

Mediapart a aussi cherché à entrer en contact avec tous les directeurs des grandes écoles concernées. Sous le sceau de l'anonymat, l'un d'eux nous a confirmé le dispositif et nous a indiqué que tous les directeurs des grandes écoles concernées étaient « vent debout » contre le dispositif et nous a aussi confirmé que l'Elysée en était à l'origine. Il nous a aussi fait savoir qu'au moins deux études juridiques avaient été sollicitées, dont une auprès d'un conseiller d'Etat, et que les deux concluaient à un risque juridique majeur. Notre interlocuteur nous a enfin précisé qu'à sa connaissance, un tel dispositif n'avait été utilisé qu'une seule fois, sous François Mitterrand, voilà environ deux décennies.

Et pourquoi l'Elysée prend-il ce risque ? Ou plutôt pour qui ? Aux organisateurs du concours, il a simplement été répondu que le chef de l'Etat accédait à une demande d'une organisation juive représentative, sans qu'aucun nom ne soit cité. Mais la conviction que partagent beaucoup de hauts fonctionnaires, qui sont choqués par cette initiative, est que la vérité est beaucoup plus simple que cela : aucune organisation juive représentative n'a officiellement formulé une telle demande ; c'est le chef de l'Etat qui, dans un comportement qui lui est familier – tartarinades et hochements de menton ! –, a voulu faire plaisir à un obligé du Palais, sans même réfléchir à la tempête qu'il risquait de déclencher. De la même façon qu'il fait plaisir, dans d'autres circonstances aux plus grandes fortunes dont il est le porte-drapeau... C'est tout bonnement, le sarkozysme ordinaire, la République privatisée au profit de quelques amis, de quelques proches...

Mardi en fin de journée, un article mis en ligne par LePoint.fr est venu confirmer nos informations. Soulignant que ces séances de nuit n'avaient pas pour origine une demande d'une organisation de la communauté juive, le site indiquait que c'est un proche de Nicolas Sarkozy qui l'a convaincu d'imposer ce dispositif:  « Le rabbin Haïm Korsia, aumônier général de l'armée de l'air et proche de Nicolas Sarkozy, a utilisé son entregent pour faire avancer sa cause », affirme le site de l'hebdomadaire qui précise avoir eu au téléphone la semaine passée ledit rabbin, lequel a confirmé être intervenu avant de conclure en ces termes: « C'est le prix à payer pour sa foi ».

Ce faisant, Nicolas Sarkozy joue avec le feu. Rompant avec les règles et les valeurs de la République, et faisant mine d'avantager secrètement une communauté – qui ne lui a rien demandé, étant entendu que, s'il est bien à l'origine de cette demande, le rabbin Haïm Korsia ne saurait prétendre la représenter à lui seul –, le chef de l'Etat prend le risque d'alimenter en retour des stigmatisations, sinon même l'antisémitisme. Au sens propre comme au sens figuré, il empoisonne la vie publique. Pour plaire à un protégé du Château...

Car Mediapart a aussi interrogé le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), et la réponse que nous avons obtenue est conforme à ce que plusieurs hauts fonctionnaires nous avaient indiqué auparavant : le Crif n'a jamais formulé une demande de ce type. Comme toutes les organisations représentant la communauté juive, il sait qu'il s'agirait d'une demande aux effets pervers. Un cadeau indésirable! Selon Richard Prasquier, président de cette organisation, il est important que des étudiants talentueux ne soient pas pénalisés à cause du culte qu'ils pratiquent, mais le patron du Crif ne justifie pas le système de secret qui a été dans le cas présent retenu.

 

 
L'onde de choc de ce plan secret de l'Elysée risque d'être violente. Car depuis des mois, Nicolas Sarkozy prétend qu'on lui fait un mauvais procès quand on lui reproche de stigmatiser les populations arabes. La réplique est toujours la même : Non ! C'est la République que le chef de l'Etat défend, et avec elle la laïcité. C'est la petite musique qu'il a, par exemple, fait entendre, le 10 février, lors de son émission sur TF1, face à un panel de neuf Français : « La vérité c'est que dans toutes nos démocraties, on s'est trop préoccupé de l'identité de celui qui arrivait et pas assez de l'identité du pays qui accueillait», s'est-il ce jour-là exclamé.

Avant d'ajouter : « Nous ne voulons pas d'une société dans laquelle les communautés coexistent les unes à côté des autres. Si on vient en France, on accepte de se fondre dans une seule communauté, la communauté nationale. Si on n'accepte pas cela, on ne vient pas en France.» «Nos compatriotes musulmans doivent pouvoir vivre et pratiquer leur religion, comme n'importe quel compatriote» d'autres religions, «mais il ne peut s'agir que d'un islam de France et non pas d'un islam en France», a encore dit Nicolas Sarkozy.

Avec le recul et au vu de cette histoire de concours secret, comment faut-il interpréter ces propos ? Ils sont en vérité assez transparents : le chef de l'Etat a une conception très élastique de la laïcité. Clientélisme d'un côté, stigmatisation de l'autre, l'Elysée instille le venin dans la vie publique.

 

 ADDITIF DE LAURENT MAUDUIT

 

 

Comme nous le racontons dans cet article, c'est un haut fonctionnaire du ministère de l'enseignement supérieur, attaché aux règles et à la loi républicaine, qui nous a alerté. Ce qui a grandement facilité notre enquête. Car du même coup, plusieurs autres hauts fonctionnaires nous ont apporté d'autres précisions. Ce dispositif nous a ensuite été confirmé par un membre du cabinet de Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur. Il a été convenu avec ce collaborateur de la ministre que je pourrais faire état de notre conversation, mais sans le citer et sans mettre nos échanges entre guillemets.

Ainsi que je le raconte dans l'article, j'ai aussi cherché à joindre tous les directeurs des grandes écoles concernées. L'un d'eux a requis l'anonymat mais m'a apporté de nombreuses précisions que je cite dans l'article.

Dans la journée du 11 avril, j'ai aussi cherché à joindre Bernard Belloc, conseiller à l'Elysée pour l'enseignement supérieur et la recherche ; Olivier Pagezy, le directeur de cabinet de Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur ; Alexandre de Juniac, le directeur de cabinet de la ministre des finances ; ou encore Frank Supplisson, le directeur de cabinet du ministre de l'industrie. Aucun d'eux, pourtant informés de l'objet de mes curiosités, n'a souhaité me parler.

Mardi 12 avril en début de matinée, j'ai fait savoir à la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse, le sujet sur lequel je travaillais, et je lui ai fait savoir que j'aimerais m'en entretenir de toute urgence avec elle, faute de réponse de son directeur de cabinet. L'un de ses collaborateurs m'a indiqué qu'elle était à l'étranger et qu'elle serait sans doute difficile à joindre. J'ai tout de même insisté, soulignant que la question me semblait importante. J'ai aussi redemandé à pouvoir m'entretenir avec son directeur de cabinet. Aucune de mes demandes n'a abouti.

Dans la journée du lundi 11 avril, j'ai aussi interrogé la direction du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France. La direction de la communication du Conseil m'a donné la réponse que je rapporte dans l'article : jamais le Crif n'a formulé la demande d'un examen secret. J'ai aussi demandé à entrer en contact avec le président du Crif, Richard Prasquier. Obtenant son portable, tard dans la nuit, je suis enfin parvenu à le joindre, mais il m'a demandé de le rappeler le lendemain. Mardi matin, le président du Crif n'était pas joignable à l'heure convenue sur son téléphone portable. Je lui ai donc laissé un message pour lui demander s'il aurait l'amabilité de me rappeler. A l'heure où cet article est mis en ligne, je n'avais pas encore pu lui parler.

Finalement, mardi 12 avril en fin d'après-midi, plusieurs heures après la mise en ligne de cet article, Richard Prasquier m'a téléphoné pour me donner son point de vue. J'ai corrigé, mardi à 21 h 30, l'article pour intégrer cette réaction.

Mardi soir 12 avril, j'ai de nouveau complété cet article pour prendre en compte les informations postérieures du site du Point, qui complètent celles dont je disposais et qui précisent l'origine de la demande personnelle à laquelle a cédé l'Elysée.

  °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

 

 

 

Concours de nuit pour étudiants juifs : stupeur et embarras
 

La laïcité serait-elle un principe à géométrie variable ? En matière de religions, l'Etat, serait-il un peu plus « neutre » avec certaines plutôt qu'avec d'autres ? Ce sont les questions que l'on peut se poser si, comme l'écrit Mediapart, l'Elysée est intervenu auprès des directions de plusieurs grandes écoles d'ingénieurs pour qu'elles aménagent leurs concours d'entrée.

Dans une synagogue de Bordeaux, le 18 janvier 2009 (Regis Duvignau/Reuters).

Objectif : permettre à quelques étudiants juifs pratiquants de passer les concours, qui tombent pendant la période de la pâque juive, grâce à « des sessions secrètes de nuit […], avec un confinement préalable des candidats concernés plusieurs heures avant. »

 

 

Treize jours de fêtes par an

Pour les juifs très pratiquants (assez minoritaires en France), un certain nombre d'interdits doivent être respectés lors des fêtes religieuses : on ne se déplace pas autrement qu'à pied, on n'écrit pas, on ne signe pas, on n'allume pas la lumière et, a fortiori… on ne passe pas d'examen.

Pour ne pas placer les étudiants pratiquants devant des dilemmes existentiels, et pour favoriser le bon « vivre ensemble » cher au gouvernement, la France fixe chaque année, par circulaire, les dates des fêtes religieuses : il est alors demandé aux établissements scolaires d'en tenir compte dans le choix des sessions d'examens et de concours.

Haïm Nisenbaum, porte-parole des loubavitchs de Paris, communauté juive ultra-orthodoxe, explique qu'il y a treize journées de fête chaque année pour lesquelles s'appliquent les interdictions. Or, seules cinq ont été retenues par la circulaire gouvernementale, parmi lesquelles ne figurent par les jours théoriquement chômés de la pâque juive.

Manque de bol pour les étudiants, cela tombe en plein concours des Ponts, Mines, Supélec et Centrale. Alors, selon le Point.fr, le rabbin Haïm Korsia, proche de Nicolas Sarkozy a demandé au président de la République d'intercéder en faveur des étudiants.

La mise en place d'un dispositif spécial a été démentie par les organisateurs des concours, mais Médiapart confirme ses informations sur l'intervention de l'Elysée.

 

Au Crif : « C'est du délire complet »

Mais la faveur pourrait en crisper quelques-uns. L'entorse au principe de la neutralité étatique tombe au plus mal. Débat sur la laïcité, régulièrement rebaptisé « débat sur l'islam », publications de 26 propositions de l'UMP, entrée en vigueur de l'interdiction de porter le voile intégral, etc. Depuis plusieurs semaines, la laïcité n'est pas un sujet facile.

Au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), réaction à chaud, mardi, d'un permanent, qui n'engage pas la structure :

« C'est du délire complet. Il n'y aucune demande qui a été faite dans ce sens. Mais un aménagement de la sorte, c'est impossible. Dans cette période de débat sur la laïcité, on ne peut imaginer une bêtise pareille. »

 

« Il n'y a certes pas de solution parfaite »

Le Crif, a finalement réagi jeudi, par la plume de son président Richard Prasquier :

« Non, le Crif n'est pas intervenu, mais d'un autre côté, le Crif
considère que cette affaire ne met pas en cause les principes de
laïcité républicaine ».

L'organisation, qui dément être courant, refuse que les étudiants qui seraient concernés soient
stigmatisés ou considérés comme privilégiés :

« Non, la
situation de la dizaine d'étudiants qui resteront confinés dans la
journée du 20 avril et la journée du 26 avril pour passer l'examen écrit
dans la nuit suivante, qui devront ensuite, après un sommeil réduit à
presque rien, embrayer sur les épreuves du lendemain matin comme les
autres étudiants, n'est pas particulièrement privilégiée et on doute
qu'elle soit préférée par qui que ce soit en dehors de motifs
particulièrement importants. »

« Il n'y a
certes pas de solution parfaite et celle qui a été trouvée ne l'est pas
non plus. Mais personne n'est lésé, personne n'est privilégié, personne
n'est gêné. La recherche d'équité et de justice doivent être à la base
d'une laïcité responsable »

 

Au Conseil du culte musulman : « Deux poids, deux mesures »

Du côté du Conseil français du culte musulman, tiraillé durant le débat sur la laïcité, on a aussi du mal à l'imaginer et on préfère attendre une réaction officielle avant de s'exprimer. Mohammed Moussaoui, le président du CFCM, préfère rester prudent :

« Les aménagements prévus par la circulaire ont été plus ou moins respectés jusqu'à présent. Le fait qu'il y ait une recommandation des pouvoirs publics pour tenir compte des dates de fêtes religieuses me paraît suffisante.

Ensuite, si les écoles n'ont pas le choix, je ne crois pas que ce soit judicieux de faire des démarches supplémentaires. Cela peut être considéré comme deux poids, deux mesures. Mais je crois qu'il est judicieux d'attendre la réaction des pouvoirs publics, ils ne peuvent pas laisser une telle information sans réagir. »

 

Al-Kanz : « C'est une bombe »

Pour d'autres, l'implication de l'Elysée risque de faire l'effet d'une provocation.

« C'est une bombe », écrit le responsable d'Al-Kanz, un portail internet dédié aux consommateurs musulmans. Le blogueur, qui revendique « l'accommodement raisonnable », considère que cela tombe très mal pour le gouvernement :

« C'est grave, c'est insultant, on ne peut pas défoncer les musulmans sous prétexte qu'ils videraient la laïcité et faire cela par ailleurs.

C'est catastrophique… pour les juifs eux-mêmes. Cela va venir alimenter l'idée de complot, le fait qu'on dise qu'ils ont le bras long.

Et en même temps, pour les musulmans, c'est un soulagement. Depuis le début, on dit qu'on ne veut pas de passe-droit, qu'on n'est pas en train de tester la République et la laïcité.

Là, on voit très bien le deux poids, deux mesures. On laisse parler les faits. Qui aujourd'hui peut dire que ce n'était pas un débat sur l'islam ? »

 

« Se méfier des crispations laïcardes »

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) invite, dans un communiqué diffusé mercredi, à « se méfier des crispations laïcardes ». Pour Arielle Schwab, présidente de l'UEJF :

« La souplesse des institutions vis-à-vis d'une minorité d'étudiants pratiquants n'est pas un aménagement de la laïcité, mais un aménagement au nom de la laïcité. Il serait dangereux d'en profiter pour stigmatiser les communautés et les minorités. »

Le Grand Rabbin de France,, Gilles Bernheim et le Président du Consistoire Central, Joël Mergui, « s'étonnent » dans un texte commun « du procès en laïcité » qui a fait suite « à la demande d'aménagement des épreuves de concours ». Sans confirmer pour autant qu'elles aient abouties.

 

« Oubli » du Ministère ?

Le CRIF rappelle que l'aménagement d'épreuves décalées existent depuis longtemps : pour des raisons de fuseaux horaires mais également, « ponctuellement », pour résoudre « des situations difficiles résultant du respect des interdits religieux ».

Plusieurs riverains rapportent avoir connu des aménagements similaires durant leurs études, à Paris, à Strasbourg.

Le Grand Rabbinat confirme :

« Les dates religieuses protégées et la pratique de la composition en horaires décalés permettent, depuis longtemps, à tous les enfants de la République, quel que soit leur lieu de résidence et quelle que soit leur religion, de prétendre accéder aux grandes écoles. »

Dans la pratique, lorsque des étudiants alertent les autorités religieuses, il arrive que celles-ci discutent avec les professeurs et l'administration. « Cela se règle généralement au niveau local » affirme le Rabbin Moché Lewin, porte-parole du Grand Rabbinat de France. Généralement, les enseignants sont informés qu'il s'agit d'une personne très pratiquante. Libres à eux, ensuite, de décider si un compromis peut être trouvé.

« On a eu énormément de signalement cette année, plus que d'habitude par des étudiants qui sont dans le désarroi » souligne encore le rabbin. « Il y a peut-être un raidissement, notamment dans les universités. On veut pousser la laïcité dans un non-sens »

Un nombre croissant de demandes, qui, selon les organisations juives, serait dû à un « oubli » du Ministère de la Fonction Publique. Elles reprochent à ce dernier d'avoir omis d'inclure la Pâque Juive dans la liste des jours fériés « protégés » par une circulaire gouvernementale.

Photo : dans une synagogue de Bordeaux, le 18 janvier 2009 (Regis Duvignau/Reuters).

Mis à jour le 14/04/2011 à 18h. Ajout de précisions suite aux publications de démentis et aux réactions du Grand Rabbinat de France et du CRIF.

 

 

Mon commentaire:   Pourquoi ce mutisme idiot autour d'une mesure qui , à ce qu'il semble, n'est pas du tout la première pour permettre à tous de passer une concours, quelle que soit leur religion??...  si l'on fait l'hypothèse que ceci a été lançé pour détourner l'attention des prolongements difficiles des interventions  en Afrique, lançées par Sarkozy, on peut dire que "ça marche".

Si l'on fait l'hypothèse que cela  tente de faire prospérer et se manifester  un antisémitisme déjà latent, ça marche aussi!

NB: Il n'est pas anodin de constater  que ce silence est  entretenu - pour faire les choux gras des médias? -   en parallèle à la campagne évidente lancée contre les musulmans et  l'Islamisme, il est intéressant de noter qu'encore, ici , le gouvernement actuel cherche à diviser les Français  ... tous les Français qu'ils soient de racine, de tronc, de branchage ou de feuillage.

Est-ce ce qui permet à Sarkozy de dire qu'il "le sent" pour 2012? Manifestement, il s'y emploie.. Attention dons à la stratégie du  "chiffon rouge" cette stratégie sarkozienne qui consiste à détourner l'attention  des choses importantes, en lançant des annonces (ou en les suscitant) à seule fin de détourner l'attention de choses importantes vers des choses qui n'ont aucun intérêt citoyen.

 

 

 

Pour ma part, j'ai bien la conviction que si les fêtes religieuses n'étaient pas prises en compte dans le calendrier des jours ouvrables, l'économie ferait peut-être un bond. Mais il est vrai que je suis athée.

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