L'empêchement de DSK ouvre la voie à une vraie primaire
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Touché, mais pas coulé. Au lendemain du " coup de tonnerre ", selon la formule de Martine Aubry, qui a conduit à l'incarcération de Dominique Strauss-Kahn, inculpé à New York pour " agression sexuelle, séquestration et tentative de viol ", le Parti socialiste est ébranlé. Son image est écornée par ricochet. Mais la collectivité socialiste n'est pas atteinte par un acte, réel ou supposé, individuel. Au nom de la présomption d'innocence et de la " décence ", les dirigeants du PS se refusent, alors que ses militants voteront, jeudi 19 mai, sur son projet 2012, à enterrer politiquement DSK. Au nom de " l'unité ", mise en avant à l'issue de la réunion du bureau national, mardi 17 mai, les socialistes serrent les coudes.
Pour autant, nul ne s'illusionne : M. Strauss-Kahn est en situation d'empêchement. Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), grand favori des sondages jusqu'au 15 mai, est éliminé de la primaire avant même d'avoir pu s'y présenter. Même s'il était finalement disculpé des graves accusations portées contre lui, les terribles images de l'ancien ministre menotté, comparaissant le visage hagard devant sa juge américaine - cette " mise à mort médiatique ", selon l'expression de Robert Badinter - suffiraient à le maintenir hors jeu. Le PS doit passer directement de l'avant-DSK à l'après-DSK sans qu'il y ait eu un avec DSK... Les cartes sont rebattues, et la primaire des 9 et 16 octobre, loin d'être la " primaire de confirmation " souhaitée par Claude Bartolone, va être une vraie primaire, ouverte et incertaine, avec le risque d'une nouvelle guerre des ego. Trois candidats tiennent le haut de l'affiche : Martine Aubry, François Hollande et Ségolène Royal. Des trois, la première secrétaire est la seule à ne pas s'être déclarée. Mais elle est désormais libérée de l'engagement qu'elle avait pris de ne pas se présenter contre M. Strauss-Kahn. Début mai, lorsque des cercles strauss-kahniens ont fait courir le bruit qu'elle avait jeté l'éponge et qu'elle avait définitivement renoncé à se présenter, la maire de Lille a tenté de rassurer son entourage. C'est une " connerie ", a-t-elle dit crûment, avant de confier, le 10 mai sur France Info, dans un propos passé inaperçu : " Je suis prête. " La difficulté pour Mme Aubry est de ne pas apparaître comme une candidate par défaut, se substituant au pied levé à un DSK empêché. Pour légitimer sa candidature, qui serait la seconde d'un premier secrétaire du PS, après celles de François Mitterrand en 1974 et en 1981, elle doit se présenter comme celle qui incarne le projet 2012, qu'elle a lancé, et qui est susceptible de rassembler la gauche.
Mme Aubry, qui pourrait se déclarer sans attendre le 28 juin, date d'ouverture des candidatures, après la convention nationale du 28 mai, qui adoptera le projet 2012, sait qu'elle n'entraînera pas tout son parti derrière elle. M. Bartolone a déjà appelé à se regrouper " derrière celle qui a la légitimité pour incarner ce rassemblement ". Benoît Hamon, porte-parole de l'aile gauche, la soutient ouvertement. Bertrand Delanoë incline vers elle. Et si Laurent Fabius, dans son rôle de " sage actif ", roulait ouvertement pour M. Strauss-Kahn, il a toujours déclaré qu'il se rangerait derrière Mme Aubry, qu'il a contribué à porter à la tête du PS en novembre 2008, si le patron du FMI n'y allait pas. Dans cette hypothèse, Mme Aubry devra affronter un adversaire de taille en la personne de M. Hollande. L'ancien premier secrétaire du PS, qui veut incarner un candidat " normal " pour être demain un président " normal ", a opéré une forte remontée dans les sondages, distançant Mme Aubry. Il connaît par coeur " son " PS, laboure systématiquement le terrain et défend un réformisme qui lui laisse espérer qu'il récupérera une partie des électeurs de M. Strauss-Kahn. Quant à Mme Royal, si elle est toujours en panne dans les sondages, personne ne sous-estime ses capacités de rebond. Et Mme Aubry la ménage, espérant sans doute in fine s'en faire une alliée face à M. Hollande.
Electrons libres, Arnaud Montebourg et Manuel Valls, le premier à s'être présenté avant de se dire prêt à s'effacer derrière DSK, devraient maintenir leurs candidatures. La situation s'annonce plus délicate dans la galaxie strauss-kahnienne, éclatée en trois chapelles cimentées par l'unique perspective d'une candidature de M. Strauss-Kahn. Pierre Moscovici, qui prétend rassembler la majorité des amis de DSK, a toujours dit qu'il serait candidat si son champion jetait le gant. Le peu orthodoxe Gérard Collomb, qui dans son livre Et si la France s'éveillait (Plon, 216 p., 19 ¤), défend " un socialisme qui croit à l'entreprise ", a prévenu qu'il porterait ce discours si DSK n'y allait pas. Orphelins de leur mentor, les strauss-kahniens pourraient se diviser, comme au congrès de Reims en novembre 2008. Jean-Christophe Cambadélis et ses amis, qui ont soutenu Mme Aubry et tenté durement de dissuader M. Hollande, devraient rejoindre la maire de Lille. Au nom de l'unité, M. Moscovici, plus proche idéologiquement du président du conseil général de Corrèze, comme le maire de Lyon, pourraient rallier M. Hollande. Mais une primaire ouverte peut réserver bien des surprises.
Michel Noblecourt
Editorialiste © Le Monde
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