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26 mai 2011

Le festival de Kahn

LEMONDE.FR | 26.05.11 | 12h16  •  Mis à jour le 26.05.11 | 15h16

 

Le jury du festival de Kahn rendra bientôt son verdict. Le film La chute de la providence est le favori, non seulement pour la palme d'or, mais aussi pour le prix du scénario, en raison de son côté improbable. Le prix d'interprétation masculine devrait également revenir à l'acteur principal qui est aussi le metteur en scène. Il incarne magistralement la chute d'un homme politique qui, au moment d'être élu président de la république française, est accusé d'avoir commis un viol.

Le rôle de la victime est tenu par une inconnue qui se fait appeler Ophélia. Il semble qu'elle ait été très marquée par le personnage qu'elle incarne, au point qu'elle a annoncé son intention de refuser le prix d'interprétation féminine pour lequel la critique la pressentait.

Le film est assuré d'un succès retentissant. Il crée un véritable choc chez le spectateur, même si les scènes du viol ont été coupées au montage, tant elles étaient crues et violentes.

Pourtant une autre forme de violence, presque terrifiante, prend le relais dès que le héros est arrêté par la police et jeté dans une prison new-yorkaise. Alors que les preuves s'accumulent contre lui, il engage le plus grand avocat américain qui l'assure de la victoire finale au procès s'il plaide non-coupable et accepte de recourir à des stratagèmes visant à noircir la réputation de la victime, en utilisant des éléments de sa vie passée. Avec un cynisme brutal, le héros suit les conseils de l'homme de loi et l'on devient alors le spectateur d'un deuxième crime aussi sournois que le premier était violent. Nous assistons à la destruction psychique lente, par insinuations et calomnies, d'une femme qui ne comprend pas ce qui lui arrive.

Au premier niveau, le film est un remarquable thriller psychologique. Mais en filigrane, il crée un malaise car il interroge les fondements même de nos sociétés démocratiques. Il illustre à quel point l'accession au pouvoir suprême est basée sur l'image trompeuse que le politicien, aidé d'experts en communication, cherche à créer auprès du peuple.

Tout au long du film, des flashbacks, bien amenés, montrent comment le héros entretient le suspense sur sa candidature à la présidence de la république française; comment il garde savamment le silence. Il semble que plus il se taise, plus il apparaisse, aux yeux des sondés, comme ayant quelque chose à dire. Vielle ficelle utilisée par les fins politiciens et à laquelle François Mitterrand, entre autres, a largement eu recours pour grimper dans les sondages avant de se déclarer candidat à sa réélection, en 1989 ! Ici notre homme, au moment d'accéder aux plus hautes fonctions de l'État, casse l'image et montre une autre réalité. C'est comme s'il disait au peuple: "Ne voyez-vous pas que tout ceci n'est que tromperie, jeux de miroirs ? Cessez de croire au mythe de l'homme providentiel, du superman de la politique !".

En définitive, le film nous fait toucher du doigt que la démocratie représentative est à bout de souffle, que le modèle est usé et qu'il convient d'en repenser les fondements.

Les dernières images élèvent cette problématique au rang de symbole. Dans une succession habile de scènes tirées de l'histoire et de la vie quotidienne en France et aux États-Unis, le génial metteur en scène nous rappelle que ces deux pays sont à l'origine de cette forme de démocratie et il les associe dans sa chute.

Décidément, La chute de la providence est un film qui devrait marquer les esprits et qui pourrait avoir des prolongements lointains insoupçonnés. Nul doute qu'il obtienne la palme d'or du festival de Kahn.

Michel Laloux, économiste et écrivain

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