Candidat du Front de gauche à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon s'est refusé à choisir entre François Hollande et Martine Aubry au second tour de la primaire du PS. Depuis lundi, il attend que le candidat socialiste désigné réponde à son "offre publique de débat" afin que les électeurs de gauche puissent juger de leurs différences. Jean-Luc Mélenchon a également annoncé vouloir "secouer" François Hollande et mettre en ébullition "ce grand bol d'eau tiède". Explications.
A qui la faute si la note AAA de la France est sous surveillance ?
A ceux qui ont laissé faire les marchés et la spéculation contre la Grèce. Les banquiers se sont aperçus que l’Europe était une proie sans défense et, après la Grèce, c’est passé au Portugal, à l’Irlande, l’Espagne puis l’Italie. Ça finira par la France et l’Allemagne qui sont des fruits juteux.
La menace est donc bien réelle ?
C’est une vraie menace et je déplore que l’UMP en fasse un petit argument politicien de campagne.
Comment allez-vous “secouer” François Hollande ?
Je lui propose de débattre. Il faut que chacun soit rendu juge de nos différences. La vie politique ne peut pas se résumer à des coups de pub. Il faut comparer les propositions. L’élection qui arrive est une chance pour notre pays. Nous sommes le grand peuple d’Europe qui va pouvoir régler à coups de bulletins de vote les grands problèmes de son temps.
A-t-il répondu à votre “offre publique de débat” ?
Non, mais je ne lui en veux pas. Il est encore dans l’ivresse du succès. Il mange son pain blanc. Laissons-le faire sa collation. Mais il ne pourra pas s’y soustraire.
Vos points d’accord avec le projet socialiste ?
Leur projet était déjà extrêmement flou. Il posait des difficultés considérables pour nous. Les primaires ont rajouté de la confusion. Par exemple, M. Hollande voudrait que les accords entre patrons et ouvriers soient dorénavant au-dessus de la loi. Nous sommes absolument opposés à cela. Mais ceci n’est pas dans le programme socialiste actuel. Qui doit-on croire ? Ce qui n’est pas dans le texte ou ce que dit M. Hollande ? Le débat permettra d’abord de savoir où on en est.
Passer un accord avec les socialistes est une obligation ?
Les uns nous disent « ne faites pas de bêtises, il faut vous rassembler », et les autres « pas question d’accepter un accord au rabais avec les socialistes ». Mon travail consiste à dénouer cette contradiction. On ne pourra la dénouer qu’avec la seule primaire qui compte, le premier tour de l’élection présidentielle. Mais les socialistes passent leur temps à truquer cette partie. Ils répètent que peu importe le programme, tout ce qu’il faut, c’est faire du vote utile. Trucage ! Aujourd’hui la situation est d’une extrême gravité. Les propositions doivent être claires.
Et si Hollande faisait alliance avec Bayrou ?
Ça serait un acte public de divorce avec nous. Il ne sera jamais question d’une alliance avec le centre, à moins que M. Bayrou, touché par la grâce, renonce à son programme, à la TVA sociale et à la règle d’or.
Serez-vous ministre de Hollande ?
Sauf événement absolument inouï, ce n’est pas ma place. La situation est tellement volatile que les choses peuvent aller très vite, très loin et d’une manière imprévue. C’est peut-être lui qui viendra dans mon gouvernement. Sous le Front populaire, en 1936, on annonçait les radicaux en tête. Les socialistes et les communistes devaient leur servir d’appoint ! Au lieu de cela, il y a eu une grève générale et la gauche en tête des élections.
Montebourg soutien de Hollande, ça vous a fait mal ?
Je n’ai pas été surpris. Arnaud Montebourg est membre du PS, il a donc sacrifié à une logique d’appareil. Je comprends, mais je désapprouve.
Montebourg est-il votre cheval de Troie dans l’équipe Hollande ?
L’homme n’a pas changé de conviction. Il peut faciliter notre travail politique. C’est-à-dire empêcher les socialistes de provoquer cette cassure dans la gauche que serait l’alliance au centre. Il peut aussi, en faisant un travail parmi ses amis, les convaincre du fait qu’ils doivent nous rejoindre pour affronter les banquiers.
Est-ce que cette primaire a été une bonne chose pour la démocratie ?
Elles ont eu un mérite : avoir réveillé le goût de la politique. La preuve a été faite qu’il y a un appétit de savoir politique dans le pays. Ça ne veut pas dire que le peuple est enrôlé, mais les gens essaient de comprendre comment ils peuvent bien faire pour leur pays.
Est-ce que Martine Aubry n’est pas allée trop loin dans ses attaques contre Hollande ?
Je n’ai jamais vu ça. J’ai donc été très surpris. Or, comme Mme Aubry n’a pas la réputation d’être quelqu’un qui parle sans savoir, j’estime qu’elle a sur le sujet des informations qu’on gagnerait tous à connaître. C’est tout de même d’une exceptionnelle gravité, tout ce qu’elle a dit.