Hollande: ma vie, mon ex, mes emmerdes

Cela fait une semaine que je ne dors plus. Y’a rien à faire. Je me couche et je ne pense qu’à ça. Ce n’est pourtant pas grand chose. Une petite phrase de rien du tout. Mais c’est plus fort que moi. Le soir, au moment où je devrais accueillir Morphée après une journée éreintante, je ne pense qu’à cette déclaration. Cette petite phrase qui fait grand bruit. Ces quelques mots qui éveillent une grande interrogation. Ces mots durs, violents même. Cet effet de manche verbal dont tout le monde a parlé pendant au moins 24 heures. Et c’est long mine de rien 24 heures.
« Le point faible de François Hollande, c’est l’inaction. Est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu’il aurait réalisée en trente ans de vie politique ? Une seule ? » Là voilà la cause de mes insomnies. Une simple déclaration de Ségolène Royal au Figaro. Mais enfin, c’est pas n’importe qui Ségo. C’est son ex femme de sa vie à lui. Alors je me demande. Je me questionne. Je tourne et me retourne. Je cherche. Et ça m’empêche de fermer l’oeil.
Comment François Hollande, acteur incontournable de la politique française, socialiste parmi les socialistes, pourrait-il ne rien avoir réalisé en 30 ans de vie politique? Non, décidément tout ça ne tient pas. Ségo doit être encore sous le contre coup de leur séparation. Ca le fait parfois ça. On croit que l’eau a coulé sous les ponts, qu’on est passé à autre chose, qu’on a oublié la personne qu’on a tant aimé, qu’il reste le père de nos enfants mais qu’il n’est plus que cela. Et puis un jour on s’aperçoit qu’en fait on est toujours amoureuse, et forcément on se sent meurtrie dans son âme. On l’est d’autant plus que notre ex déclare dans un magazine people, à propos de sa nouvelle compagne, qu’elle est la femme de sa vie. Qui supporterait ça? Non mais je vous pose la question, qui?
C’est forcément ça. Je ne vois que ça comme explication. Elle est toujours amoureuse mais refuse de l’avouer, et même pire, elle est dans le déni. Alors elle essaye de se persuader qu’elle n’a rien perdu. Elle devient méchante. Elle dit des choses fausses, prononce des mots qui blaissent, assène des phrases qui dépassent sa pensée.
Mais quand même. C’est drôlement cruel comme phrase. Je veux dire, il lui a quand même fait 4 enfants, et ça c’est déjà un acte politique non? Repeupler la France, sauvegarder nos retraites, entretenir le peu de croissance qu’il nous reste. C’est définitivement un acte politique fort, un signe donné aux français.
Du coup, et vu qu’il faut que je retrouve le sommeil très vite sous peine de devenir moi même irritable et de faire moi aussi des déclarations à l’emporte pièce comme expression de ma propre misère affective, il fallait que je vérifie. J’ai donc pris mon ordinateur, tapé « François Hollande » dans mon moteur de recherche préféré, et je suis allé voir un site qui ne ment pas lui, ou du moins pas souvent, Wikipédia.
Papa, maman, mes études, ma vie, ma rencontre avec la femme de ma vie, puis avec l’autre femme de ma vie, mon oedipe mal assumé pour un Jacques Delors que je considère comme mon père, mais dont Martine est la fille, une photo de moi avant mon régime (putain j’ai quand même bien perdu!), une deuxième photo de moi avant mon régime (ah non franchement, on voit la différence avant/après, non?), mes études (brillantes). Bon bon, très bien très bien.
Ah, carrière politique. On y est. On rentre dans le dur. Bon Député de Corrèze, ça on sait. Mais Député c’est balèze quand même, non? Bon en terme de réalisation concrète et citable par les français, ça se pose là. La vérité est ailleurs. Ah, Maire de Tulle, enfin ex-Maire de Tullle. Bon là on est dans le concret, dans le dur, dans le sur. Donc il y a forcément des réalisations. Oui c’est certain. Seul petit problème: si t’es pas Corrézien, ben t’en sais rien! Or, Ségolène précise bien les FRANCAIS, décisions que les français pourraient citer. Même combat avec la Présidence du Conseil Général de la Corrèze. Impossible de citer une réalisation si on est pas Corrèzien.
Il faut chercher plus avant. Bon. Il a bien fait des notes pour Mitterrand. C’est déjà pas mal ça. Premier Secrétaire du PS pendant 11 ans. Bilan: mitigé. Responsables des synthèses molles. Ils sont pas très sympas sur Wikipédia aussi. Bon faut dire qu’il prend le parti socialiste en 1997, dans une période où celui-ci est au firmament. Ils viennent de gagner les législatives, Jospin tient sa revanche sur Chirac, c’est lui le patron de la maison France, bref, c’est le gros kiff pour les socialistes! Bon certes, François n’est pas ministre et il le regrette. Pendant que ses petits camarades mettent en oeuvre les « réalisations que peuvent citer les français », lui est cantonné Rue de Solférino, à jouer les supléants d’un Jospin super star.
Puis vient 2002 et là, et là, et là… Une campagne pas terrible, Lionel qui se prend les pieds dans le tapis et qui quitte le navire. Pas vraiment de sa faute à François. Il faut au moins lui reconnaître ça: alors que le big boss des socialistes se tire sur l’Ile de Ré, lui reste là et devient véritablement le chef. Mais là, ça se gatte quand même.
Il y a bien la victoire de 2004 aux élections locales, mais faut se rappeler que le gouvernement Raffarin à ce moment là est au plus bas, et que la victoire du PS est surtout la défaite de l’UMP. 2005, les socialistes se déchirent sur le référendum européen. Le bateau tangue et chavire. Suite à ça, le Congrès du Mans, l’homme de la synthèse molle, l’homme qui sacrifie les choix politiques clairs sur l’autel de l’unité du PS.
Et là rien ne va plus. Il se voyait candidat en 2007, il se fait doubler par sa future ex femme de sa vie. Celle-ci l’accusera de l’avoir freinée, de n’avoir pas mis le parti en ordre de marche derrière elle, de l’avoir abandonnée en rase campagne. Elles sont parfois injustes les femmes. Du firmament de 1997, le PS descend dans les abimes de 2007. Rien ne va plus. C’est règlement de compte OK corral. Tout le monde tire à vue. Les socialistes se déchirent. La belle unité qu’avait voulu préserver François en ne tranchant sur rien, vole en éclat. A ne trancher sur rien, on finit par décevoir sur tout.
Puis vient 2008. Martine Aubry, que personne n’avait vu arriver, récupère un parti en triste état. « Un grand cadavre à la renverse » disent les uns. « Tout comme la parti radical en son temps, le parti socialiste est en train de mourrir » explique les autres. On théorise à longueur de colonne la fin du parti socialiste. Trop archaïque. Trop vieux. Pas assez dans le coup. Il n’a pas su se rénover. Tant pis pour lui. Le grand parti de la gauche à présent, c’est Europe Ecologie.
François se met en retrait et se retire loin de tout dans cette Corrèze qu’il préside. Faut dire que 11 ans pour en arriver là, ce n’est pas glorieux. Martine Aubry, qu’on avait oublié dans son fief du Nord, et que personne ne voyait revenir au premier plan, pilote le vaisseau fantôme, où plutôt, le Titanic qui a déjà percuté l’iceberg.
Vous me direz, on ne répond toujours pas à la perfide attaque de Royal. Et je ne vais pas retrouver le sommeil de sitôt. Mais ce n’est pas possible. Le chouchou de la primaire socialiste, le favori des sondages, le futur candidat de ce parti qu’il avait laissé tel un champ de ruines et qu’Aubry a ranimé en 3 ans, tel le phœnix qui renait de ses cendres, ce parti qu’on croyait mort et qui aujourd’hui apparait en capacité de l’emporter en 2012, ce nouvel ancien leader n’aurait rien accomplit en 30 ans de vie politique? Il doit y avoir une explication. Forcément. Un futur président de la République ne peut pas n’avoir rien fait.
Les femmes sont excessives. Oui, ce doit être ça. C’est la seule solution, la seule explication plausible. Ségolène ne peut avoir raison. Ce n’est pas possible.
A moins que…