Espagne: Une morne campagne, quelques violentes polémiques
Dimanche matin, il n'aura échappé à aucun média espagnol que les électeurs élisent leurs députés au Congrès sous la pluie. Un climat morose pour une campagne globalement qualifiée de morne : peu de suspense, peu de discours marquants, peu de débats pimentés. Impossible toutefois d'imaginer une campagne électorale sans ses petites phrases choc et ses vidéos polémiques. Retour sur les quelques coups d'éclat de ce scrutin espagnol.
- Un cadavre pour représenter les coupes budgétaires
Tout au long de la campagne, il a été question d'austérité, notamment appliquée aux domaines de la santé et de l’éducation. En début de semaine, le cas de María del Carmen Mesa a ému toute l'Espagne. Cette femme de 65 ans, morte des suites d'une rupture d'anévrisme, avait transité par quatre hôpitaux et patienté 65 heures avant de pouvoir être opérée.
Une semaine plus tôt, le Parti socialiste catalan (PSC) avait dû retirer une vidéo qui représentait une personne mourant sur son lit d’hôpital, faute de personnel suffisant (sur la vidéo, le médecin est remplacé par un mannequin immobile).
- En Andalousie, les écoles ne fourniraient plus de bureaux aux enfants
C'est l'histoire d'une photo et d'une violente polémique de campagne. La directrice de campagne de Mariano Rajoy, Ana Mato, accuse la région andalouse, gouvernée par les socialistes, de ne pas fournir de bureaux à ses enfants dans les écoles primaires. "Nous avons vu dans les journaux comment certains enfants andalous sont assis à même le sol car ils n'ont même pas de bureaux où s'asseoir", déclare-t-elle le 25 octobre dans une interview à RNE, la radio nationale. Une étrange affirmation qui s'appuie sur un article publié dans le quotidien de Málaga Sur. Titré "Le manque de mobilier dans certaines écoles provoque les premiers conflits de la rentrée", l'article daté du 16 septembre est effectivement illustré d'une photo sur laquelle on voit des enfants assis par terre. Sauf que ces élèves ne reçoivent pas une leçon de mathématique mais sont assis autour de leur institutrice pour écouter un conte.
Le directeur de l'école concernée, La Campiña, a expliqué au journal Publico que certains parents d'élève se sont plaints en effet d'un manque d'équipement, principalement dû à des travaux effectués dans l’école. Un cas assez isolé, donc, et dont l'article de Sur pointait déjà qu'il était en cours de résolution.
Pour le Parti socialiste andalou, cette déclaration d'Ana Mato est une "énième agression verbale" contre la région. Lors de la précédente campagne électorale de 2008, la vice-secrétaire générale du PP avait déjà qualifié les enfants andalous de "pratiquement analphabètes", avant de se rétracter et de s'excuser de cette expression "malheureuse".
- Mariano Rajoy sortant d'un vagin
En Galice, les Jeunesses socialistes s'en sont prises au discours ambigu de Mariano Rajoy sur le droit à l'avortement (comme sur le mariage homosexuel, le candidat du PP n'a cessé de souffler le chaud et le froid sur cette question, parlant d'abord de possibles dérogations, puis envisageant désormais de réformer la loi). Les jeunes socialistes accusent le probable futur premier ministre de "s'immiscer dans l’intimité des femmes et de décider pour elle". Une affiche de campagne le montre sortant d'un vagin, accompagné du message : "Ils veulent décider pour toi. Tu peux avorter leur arrivée à la Moncloa" (le siège de la présidence du gouvernement).
Cette affiche, qui ne mentionne jamais le nom du Parti populaire, n'a toutefois pas provoqué autant de réactions indignées de la part du PP que celle associant le modèle éducatif de la droite à la lecture de Mein Kampf. Montrant une pile de livre sur laquelle trône un exemplaire du livre d'Adolf Hitler et une pièce de 2 euros, cette autre affiche des Jeunesses socialistes de Galice proclame : "Voici le modèle éducatif que veut le PP". En Galice, la droite a aussitôt crié à la diffamation.
Mathilde Gérard


