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3 janvier 2012

Naomi Klein, "La Stratégie du choc": extraits et débat

| Par Jade Lindgaard

 

Sept ans après la sortie de No Logo, c'est une enquête ambitieuse que publie aujourd'hui Naomi Klein : La Stratégie du choc (The Shock Doctrine en anglais). Nous vous proposons en avant-première les bonnes feuilles de ce livre. Décrit par son auteure comme «l'histoire secrète du marché dérégulé», l'ouvrage prend la forme d'une grande investigation internationale, couvrant plus de trente ans d'histoire, afin de décrire l'émergence de ce qu'elle qualifie de «capitalisme du désastre».

 

La thèse de la journaliste canadienne est que le capitalisme prospère de préférence dans les contextes les plus tourmentés. Conscients de cette importance de la crise pour que fructifient leurs intérêts, un certain nombre de dirigeants politiques, économiques, et d'intellectuels – au premier rang desquels Milton Friedman, le théoricien de l'ultralibéralisme et fondateur de l'école de Chicago –, ont construit des marchés économiques prospères sur les ruines d'Etats et de sociétés frappées de traumatismes : le 11 Septembre, la Nouvelle-Orléans de l'après Katrina, le Sri Lanka d'après le tsunami, l'Afrique du Sud d'après l'apartheid, la Russie d'après la fin du communisme. Jusqu'à parfois susciter ces «désastres» si nécessaires à leur fortune: de la dictature de Pinochet au Chili en 1973 à la guerre en Irak.

 

Le livre s'ouvre par la rencontre de l'auteure avec une victime d'expériences médicales à base d'électrochocs. Il s'achève par un éloge des mouvements de résistance contre le capitalisme dérégulé. C'est dire si sa forme n'est pas orthodoxe, ni livre classique d'économie, ni investigation journalistique politiquement neutre. C'est ce qui fait son originalité, et en partie son intérêt.

 

Nous avons sélectionné deux extraits :

- Une grande partie de l'introduction, qui permet de comprendre la démarche de l'auteure, et la manière dont elle a procédé pour son enquête :

Extraits de l'introduction de La stratégie du choc

Les notes de l'introduction

 

- Un extrait du chapitre consacré à l'Afrique du Sud post-apartheid, cas d'école de ce que Naomi Klein appelle le "capitalisme du désastre" :

La liberté étranglée de l'Afrique du sud

Les notes du chapitre

 

Merci à Actes Sud et Léméac pour nous avoir autorisé à publier ces extraits en avant-première. La Stratégie du choc (Actes Sud) sort en librairie le 6 mai.

 

Evénement médiatique compte tenu de la notoriété de son auteure, La Stratégie du choc fut accompagnée lors de sa sortie en anglais, à l'automne 2007, de la diffusion d'une bande annonce (sur le site du livre mais aussi sur You Tube, Dailymotion) conçue par Naomi Klein avec Alfonso Cuaron (le réalisateur des Fils de l'homme) et son fils Jonas. Ce mini court-métrage est à la fois un message promotionnel et un outil militant.

 

 

"Il n'y a pas d'accident dans le monde de Naomi Klein"

 

Mais au-delà de ce clin d'œil à Hollywood, le livre a surtout suscité plusieurs mois de débats dans les médias anglo-saxons. Journaliste (collaboratrice régulière du quotidien britannique The Guardian, de l'hebdomadaire américain de gauche The Nation...), et auteure en 2000 de No Logo, le plus gros best-seller à ce jour de sensibilité altermondialiste – avec plus d'un million d'exemplaires vendus dans le monde –, Naomi Klein est une figure célèbre des cercles politiques et intellectuels anglo-saxons.

 

La conjonction de la ligne radicale qu'elle incarne et de sa célébrité constitue pour certains un repoussoir, y compris à gauche. Quand sort The Shock Doctrine, dans The Brooklyn rail, revue new-yorkaise de critique sociale et culturelle, Nicholas Jahr entame sa critique plutôt élogieuse par le souvenir de son exaspération face au phénomène No Logo : «Trop d'activistes sautillant autour du livre» ; « Qui pouvait bien croire à un livre que le New York Times qualifie de "bible du mouvement" ?».

 

Malgré les crispations que peut susciter son auteure, dans l'ensemble, La Sratégie du choc est en passe de devenir pour les éditorialistes anglo-saxons l'équivalent de la thèse de Francis Fukuyama proclamant la fin de l'histoire, de celle de Samuel Huntington à propos du choc des civilisations, ou encore de la notion de «monde plat» qu'utilise l'éditorialiste du New York Times Thomas Friedman pour tresser les louanges de la mondialisation : un concept de référence, apprécié ou critiqué, mais prétexte à des joutes éditoriales et à des discussions sans fin sur les nouveaux visages du capitalisme. Beaucoup l'écrivent : «c'est son livre le plus important à ce jour», une «entreprise ambitieuse», «un récit novateur».


Reconstituant trente ans d'histoire, porté par une vision ambitieuse et une énergie narrative certaine, La Stratégie du choc a reçu des soutiens inattendus, comme celui du Dow Jones business news : «Pour mieux comprendre cette nouvelle économie, vous devez lire ce qui pourrait être le livre le plus important sur l'économie du XXIe siècle.» Le journal financier ironise sur le paradoxe de sa défense de l'auteure altermondialiste : «Un tuyau : investissez dans le "capitalisme du désastre". Ce nouveau secteur d'investissement est au cœur de la "nouvelle économie" qui génère des profits en se nourrissant de la misère des autres.»

 

Si dans l'ensemble, le livre a reçu un accueil positif, une critique de fond se détache : celle d'un apparent déterminisme. A force de vouloir donner de la substance à la notion de «capitalisme du désastre», Naomi Klein forcerait les faits pour les faire entrer dans sa problématique générale.

 

C'est ce que pointe le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, qui fut l'un des premiers à recenser l'ouvrage (dans le New York Times) : «Il n'y a pas d'accidents dans le monde tel que le voit Naomi Klein», écrit l'économiste, qui regrette le parallèle que tente le livre entre d'un côté les chocs naturels et politiques qui effacent la conscience des populations concernées et permettent au capitalisme ultra de s'implanter, et, de l'autre, les techniques d'interrogatoire de la CIA à base d'électrochoc : «Le lien avec un scientifique voyou de la CIA est dramatisant et non convaincant.» Cela ne l'empêche pas de livrer un jugement plutôt favorable du livre : «Klein n'est pas une universitaire et ne doit pas être évaluée comme si elle l'était.»

 

Un combat plus solitaire

 

Le Guardian, qui publie lui aussi une critique élogieuse du livre, apporte le même bémol. Evoquant une veine parfois «démagogique», il note que «Klein a l'air de suggérer que ces désastres sont délibérément fabriqués par les multinationales, avec l'aide secrète des gouvernements. Mais son argumentation est plus raisonnable et plus plausible quand elle explique que le désastre n'est que le mode normal de fonctionnement du type de capitalisme que nous connaissons aujourd'hui».

 

 

 

Lire aussi

Naomi Klein : «Pour enquêter mon nom est parfois un handicap»

 

*************

 

Sur MEDIAPART

 


Il est un livre pour qui je donnerais tout Spinoza et tout Kant...

 
" href="http://blogs.mediapart.fr/blog/vivre-est-un-village">Vivre est un village
 
"LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS. Qu'y a-t-il de commun entre le coup d'Etat de Pinochet au Chili en 1973, le massacre de la place Tiananmen en 1989, l'effondrement de l'Union soviétique, le naufrage de l'épopée Solidarnosc en Pologne, les difficultés rencontrées par Mandela dans l'Afrique du Sud post-apartheid, les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak, le tsunami qui dévasta les côtes du Sri Lanka en 2004, le cyclone Katrina, l'année suivante, la pratique de la torture partout et en tous lieux - Abou Ghraïb ou Guantànamo - aujourd'hui ?. Tous ces moments de notre histoire récente, répond Naomi Klein, ont partie liée avec l'avènement d'un "capitalisme du désastre". Approfondissant la réflexion militante entamée avec son best-seller No Logo, Naomi Klein dénonce, dans La stratégie du choc, l'existence d'opérations concertées clans le but d'assurer la prise de contrôle de la planète par les tenants d'un ultralibéralisme tout-puissant. Ce dernier met sciemment à contribution crises et désastres pour substituer aux valeurs démocratiques, auxquelles les sociétés aspirent, la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation. Remarquablement conduite et documentée, cette histoire secrète du libre marché, qui dessine une nouvelle éthique de l'investigation journalistique, s'affirme comme une lecture indispensable pour réévaluer les enjeux des temps présent et à venir, vis-à-vis desquels les citoyens du monde portent, ensemble, une responsabilité impossible à déléguer."
 
Biographie de l'auteur

"Journaliste, essayiste et réalisatrice, diplômée de la prestigieuse London School of Economics, Naomi Klein est l'auteur du best-seller international No Logo, traduit dans vingt-huit langues et devenu une référence incontournable dans le monde entier. Elle contribue régulièrement à la rubrique internationale de The Nation et The Guardian, et s'est rendue en Irak pour le magazine Harper's. En 2004, elle a réalisé un film documentaire. The Take, sur l'occupation des usines en Argentine, qu'elle a coproduit avec le réalisateur Avi Lewis."

Table des matières

INTRODUCTION

Eloge de la table rase

Trois décennies à défaire et à refaire le monde

PARTIE 1 Deux docteurs chocs

Recherche et développement

1. Le laboratoire de la torture Ewen Cameron, la CIA et l'obsession d'effacer l'esprit humain et de le reconstruire.

2. L'autre docteur choc Milton Friedman et la quête d'un laboratoire du laisser faire.

PARTIE 2 Le premier test

Un accouchement douloureux

3. Etats de choc La naissance sanglante de la contre-révolution

4. Faire table rase Ou comment la terreur fait son oeuvre

5. "Aucun rapport" Comment une idéologie fur purifiée de ses crimes

PARTIE 3 Survivre à la démocratie Un arsenal de lois

6. Une guerre salvatrice Le thatchérisme et ses ennemies utiles

7. Le nouveau Docteur choc Quand la guerre écomnomique supplante la dictature

8. Du bon usage des crises Le marketing de la thérapie de choc

PARTIE 4 Perdu dans la transition Pendant que nous pleurions, tremblions, dansions

9. Où l'on claque la porte au nez de l'histoire Une crise en Pologne, un massacre en Chine

10. Quand la Démocratie naît dans les chaînes La liberté étranglée de l'Afrique du Sud

11. Le feu de joie d'une jeune Démocratie La Russie choisit "l'option Pinochet"

12. Le ça du Capitalisme La Russie à l'ère du marché sauvage

13. Qu'elle brûle ! Le pillage de l'Asie et la "Chute d'un deuxième mur de Berlin"

PARTIE 5 Des temps qui choquent La montée d'un capitalisme du désastre

14. La thérapie de choc aux Etats-Unis La bulle de la sécurité intérieure

15. Un état corporatiste Ou comment remplacer la porte à tambour par un portail

PARTIE 6 Irak : la boucle est bouclée Le surchoc

16. Effacer l'Irak A la recherche d'un "modèle" pour le Moyen Orient

17. Le contrecoup idéologique Un désastre éminemment capitalistique

18. Le cercle complet De la page blanche à la terre brûlée

PARTIE 7 La zone verte mobile Zones tampons et murs anti-déflagration

19. Le nettoyage de la plage "Le deuxième tsunami"

20. L'aparthied du désastre un monde composé de zones veres et de zones rouges

21. Quand la apix ne sert plus à rien Israël : le signal d'alarme

CONCLUSION Quand le choc s'essouffle Des peuples en route vers la reconstruction


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