Présidentielle : Royal vole au secours de Hollande
Dans un entretien à Sud-Ouest, l'ex-candidate de 2007 invite Jean-Luc Mélenchon à "réserver ses attaques à la droite", et rappelle que le PS "n'est pas pour... l'insurrection permanente".
Le baromètre quotidien de l'Ifop pour Paris-Match, dont les résultats ont été rendus publics jeudi soir, confirme que le candidat Hollande, toujours favori du second tour, connaît un léger « passage à vide ». Nicolas Sarkozy gagne, en effet, un demi point par rapport à la veille, et devance le candidat du PS au premier tour : 28% des intentions de vote contre 26,5%. Stable, Jean-Luc Mélenchon est toujours crédité, lui, d'un pourcentage flatteur : 14% des intentions de vote. Un rapport de forces qui divise l'équipe Hollande et nourrit, au sein du PS, un début de polémique : répondre ou ne pas répondre à Mélenchon ? Et répondre quoi ?
Fidèle à son tempérament (et aussi à son sens politique), Ségolène Royal n'entend pas se laisser freiner par toutes ces tergiversations collectives. Dans un entretien au quotidien Sud-Ouest, elle met carrément les pieds dans le plats et, sur le mode du gros bon sens, elle fait publiquement la leçon à l'ancien ministre de Lionel Jospin, qui a enfilé depuis peu le costume du parfait révolutionnaire. Elle commence par lui dire qu'il devrait « réserver ses attaques à la droite ». Elle lui indique ensuite, à tout hasard, qu'au parti socialiste (dont il a si longtemps fait partie), « nous ne sommes pas pour l'insurrection permanente ». Et toc!
Elle aussi aime la transgression
Interrogée sur la percée dans les sondages du candidat du Front de gauche, la présidente de la région Poitou-Charentes (et la future candidate au « perchoir » de l'Assemblée) convient que Jean-Luc Mélenchon « est un tribun » (sous-entendu : un bon tribun). « Je comprends sa stratégie, et je partage certaines de ses idées, indique celle qui adore, elle aussi, être à l'occasion une transgressive. Mais au PS, nous ne sommes pas pour l'insurrection permanente. Aujourd'hui, l'important, c'est de battre Nicolas Sarkozy. D'où la nécessité d'une dynamique très forte au premier tour pour François Hollande ».
L'ancienne ministre de la Famille, s'autoproclamant avocate de son ex-compagnon, réfute l'idée qu'il connaîtrait une « phase d'essoufflement » : « Il a déjà réuni 1 million à 1,5 million de supporteurs. C'est beaucoup plus que Mélenchon à la Bastille », tranche-t-elle, cinglante.
"Je joue un rôle pédagogique crucial"
Interrogée sur le point de savoir pourquoi elle apparaît aujourd'hui « en retrait » (ou tenue en lisière au sein du PS ?), Ségolène Royal se récrie: « Je suis présente, très présente, la plus présente des leaders socialistes ». Et elle ajoute drôlement: « Je pense même jouer un rôle pédagogique crucial ».
Son intervention spectaculaire confirme, en tout cas, sa détermination personnelle et son sens politique. Elle met aussi en lumière, par contraste, la lourdeur de l'état-major politique qui entoure le candidat PS. Avec le risque, pour lui, que la quête permanente de la synthèse (art dans lequel il excelle) ne finisse par le freiner, voire le bloquer. Ségolène Royal, elle, n'a cure de tout cela : elle, elle fonce. Et qui l'aime la suive !