Jean-Luc Mélenchon : "Si Hollande est affaibli, il ne l'est que par lui-même"
Par Jefferson Desport, Sudouest.fr
Publié le 30/03/2012 à 07h00 | Mise à jour : 30/03/2012 à 10h32
Le candidat du Front de gauche se défend de faire le jeu de la droite. Persuadé que la "révolution citoyenne" est en marche, il ne l'échangera pas contre "un plat de lentilles et un strapontin"
"Pourquoi le troisième homme ?" La remarque est signée de l'intéressé : Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de Gauche que les sondages installent désormais sur la troisième marche du podium de cette présidentielle.
En effet, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Pourquoi rester aux portes du second tour, quand les sondages
vous annoncent des courbes ascensionnelles capables autant d'effrayer le PS que de rassurer l'UMP ? Et pourquoi pas l'aube d'un nouveau destin ?
En attendant le verdict de ce premier tour, c'est un homme pleinement convaincu qui a répondu jeudi, depuis son QG de campagne,en région parisienne, aux internautes de Sudouest.fr. Convaincu de pouvoir ramener la retraite à 60 ans, de pouvoir augmenter le SMIC et, plus généralement de pouvoir partager les richesses. Convaincu aussi que le discours et la campagne de François Hollande manquent de... convictions.
D'ailleurs quand les internautes lui demandent s'il n'a pas l'impression d'être le meilleur "allié" de Nicolas Sarkozy, il répond sans détour : " Je pense que si Hollande est affaibli, il ne l'est par personne d'autre que par lui-même, car nous faisons progresser le" total gauche" comme chacun peut le voir. A l'inverse, je pense que l'attitude fermée et les propos méprisants des socialistes diminuent la capacité de rassemblement au deuxième tour."
Et d'appuyer : "Je suis le mieux placé pour rassembler la gauche. Si on veut libérer la gauche républicaine et radicale de l'hégémonie du Parti socialiste, il faut me placer en tête au premier tour."
Sauf qu'à moins d'un mois du premier acte, s'il n'a jamais été aussi populaire, cette percée arrive sans doute un peu tard pour le voir dépasser le candidat du PS. Dès lors, Jean-Luc Mélenchon ne joue-t-il pas de sa nouvelle position sur les sommets pour faire monter les enchères ? Les spéculations vont d'ailleurs bon train sur les conditions de son ralliement à François Hollande au second tour.
Mais qu'importe ces chuchotis: le candidat du Front de gauche le répète, il est hermétique aux sirènes lui offrant les dorures des palais de la République : "Je ne participerai à aucun gouvernement que celui que je dirige. Je crois que ce gouvernement du Front de gauche, dans un délai que je ne peux prévoir, est inéluctable. Je crois que l'insurrection citoyenne est commencée, que la révolution citoyenne aura lieu. Et je n'échangerai rien de tout cela contre un plat de lentilles et un strapontin."
Se tenir à distance serait donc le meilleur moyen de préparer l'avenir ? Et une nouvelle candidature pour 2017? Il s'en défend catégoriquement. Son avenir se joue maintenant. Dans ses meetings où l'on se presse. Dans ce QG de campagne si atypique : l'Usine, une ancienne fabrique de chaussures, située à deux pas de la mairie des Lilas.
Toutefois, s'il ne veut pas d'un ministère au lendemain du 6 mai, Jean-Luc Mélenchon ne ferme pas pour autant la porte à une entente avec le PS. A la condition que le camp Hollande trouve la clé. "Notre objectif est la révolution citoyenne, rappelle Jean-Luc Mélenchon. Son préalable est que M. Sarkozy soit battu. Nous n'avons pas besoin d'aller signer des parchemins avec M. Hollande qui ne le veut pas, pour savoir ce que nous avons à faire. Il y a longtemps que les électeurs n'écoutent plus les consignes des chefs. Celui qui arrive en tête doit se donner la peine de convaincre sans espérer le confort de contraindre."
Une dernière formule qui, à n'en pas douter, plaira à François Hollande. N'est-il pas le candidat de toutes les synthèses ? Même les plus improbables.Ce n'est pas Jean-Luc Mélenchon qui dira le contraire. Et s'ils étaient faits pour s'entendre ?
Jeudi, Jean-Luc Mélenchon a rencontré cinq lecteurs de Sud Ouest à son QG de campagne en région parisienne. Un entretien que vous pourrez retrouver intégralement dans votre quotidien demain samedi.