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3 juillet 2012

'Comme Victor Frankenstein, les pères fondateurs de l’euro ont défié la nature et créé un monstre'

 
Frankenstein

Plus on s’enfonce dans la crise de l’euro, et plus la monnaie unique ressemble à un instrument de torture, estime Charlemagne dans The Economist.

Pourtant, l’euro devait être une bénédiction, qui devait cesser les crises de devises chroniques des nations membres, favoriser la croissance et décupler le pouvoir économique de l’Europe. Pendant des décennies, la monnaie unique a rempli ses objectifs. Mais récemment, elle a agi à contre-courant de son objectif de convergence, et les pays du Sud en récession doivent payer des intérêts élevés, alors que l’Allemagne jouit des taux d’emprunt les plus bas.

Après avoir pointé les spéculateurs, puis les Etats déraisonnables, puis le manque de compétitivité,  les eurocrates admettent maintenant que le problème vient de l’euro lui-même. Un nouveau rapport émis par un groupe d’économistes éminents indique que l’euro est en train de s’autodétruire. Le problème à la base proviendrait du taux d’intérêt unique de la BCE, censé convenir à tous les pays. Ainsi, dans les pays à forte inflation, comme l’Italie, ce taux d’intérêt trop faible nourrit cette inflation. Et dans les pays où cette inflation est faible, comme l’Allemagne, c’est le contraire.

Un autre problème vient de ce que le marché unique n’est pas fini, et que la concurrence ne permet pas de lisser les prix au sein de l’UE. Le marché des services, le plus important, est toujours fragmenté, et les travailleurs européens ne sont pas aussi mobiles que les travailleurs américains. Et comme les pays de la zone euro ne peuvent compter sur leur banque centrale comme prêteur de dernier ressort, les pays en difficultés subissent les montées des taux d’intérêt du marché, alimentées par les inquiétudes qu’ils suscitent.

Au moment de la création de l’euro, Jacques Delors, un de ses pères fondateurs, avait mis en garde contre les risques présentés par les déséquilibres économiques et le risque que des pays se voient refuser l’accès au financement des marchés. Ces avertissements ont été ignorés ou jugés gérables au moyen de règles fiscales et de la convergence économique.

Mais ce que les eurocrates ont sous-estimé, c’est la gravité et la rapidité avec laquelle la crise s’est abattue sur la zone euro. Les leaders politiques, inquiets, permettent à des théories nationalistes de s’imposer et en Grèce, par exemple, on assiste à l’ascension des partis extrémistes.

« Comme Victor Frankenstein, les pères fondateurs de l’euro ont défié la nature et créé un monstre », écrit Charlemagne. Ils ont créé une monnaie fédérale avant de créer l’Etat fédéral qui pourrait la soutenir. Et le coût de retour aux monnaies nationales est encore plus grand que celui du maintien dans la zone euro.

La logique veut donc que la zone euro se fédéralise davantage, que les risques bancaires soient partagés et que les dettes soient mutualisées. Mais les politiciens européens, toujours principalement mus par un agenda national, ne le voient pas ainsi et ils refusent de contribuer aux dettes d’étrangers.

L’accord obtenu lors du sommet qui vient de s’achever vise à faire évoluer de concert les unions politique, économique et financière, sans préciser de calendrier. La zone euro pourra-t-elle survivre d’ici là où succombera-t-elle auparavant à sa torture ? se demande Charlemagne…

  • Source:The Economist
 
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