1 novembre 2012
France-Russie : amies ou ennemies ?
Mercredi 31 Octobre 2012 à 05:00
Jean-Dominique Merchet - Marianne
Un marin russe regardant le porte hélicoptère de classe Mistral, dont les russes ont acheté deux exemplaires (Dmitry Lovetsky/AP/SIPA)
Il y a deux cents ans, la Grande Armée de Napoléon entrait dans le long calvaire qui allait rester dans les mémoires sous le nom de « Retraite de Russie » et qui devait conduire, un an et demi plus tard, les Cosaques à Paris… Mais cette année est aussi le soixante-dixième anniversaire la création du Normandie-Niémen, le régiment de chasse français qui s’illustra aux côtés des Soviétiques contre les Allemands et dont l’un des derniers héros Roland de La Poype vient de s’éteindre.
La France et la Russie – longue histoire de deux pays tour à tour ennemis et alliés. Napoléon, la Guerre de Crimée, la Guerre froide ne peuvent faire oublier l’Alliance franco-russe (1892-1917) ou le Seconde Guerre mondiale (1941-1945). Et aujourd’hui, où en sommes-nous ?
Les deux pays ont pris l’habitude de se retrouver chaque année au sein du conseil de coopération sur les questions de sécurité, le CCQS, qui réunit les ministres des affaires étrangères et de la défense de France et de Russie. Aujourd’hui, mercredi 31 octobre, à Paris, Sergueï Lavrov, Anatoli Serdioukov, Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian feront, ensemble, un vaste tour d’horizon des affaires stratégiques, pour la 11ème session de cette instance – dont il ne faut pas attendre, à la sortie, beaucoup plus qu’un communiqué diplomatique. Un seul sujet oppose vraiment les deux pays, la Syrie. Chacun se fera bien sûr un devoir de rappeler ses positions : Paris souhaite la chute du régime Assad alors que Moscou est, par principe, opposé à toute ingérence dans les affaires intérieures des Etats souverains.
Pour le reste, les relations entre les deux pays sont à la fois de bonne qualité et de peu de conséquences. Ni pour l’un, ni pour l’autre, le partenaire est jugé comme étant de toute première importance. Comme le font les Etats-Unis, la Russie bascule vers le Pacifique : elle a pour voisins des pays qui s’appellent le Japon, la Chine, la Corée ! A ses yeux, l’Europe ne compte vraiment qu’au travers de l’Allemagne. Lors de sa visite à Paris, en juin, Vladimir Poutine s’est fait un malin plaisir de le rappeler devant son homologue français. Evoquant les échanges commerciaux, le président russe résumait la situation : « Avec la France, il s’agit de 28 milliards et avec l’Allemagne de 72. Vous pouvez voir la différence ». En effet. Pour Moscou, Berlin pèse simplement 2,5 fois plus lourd que Paris…
La rencontre franco-russe d’aujourd’hui intervient alors que, sur le plan militaire, les deux pays prennent des chemins divergents : la France réduit la voilure alors que la Russie réarme. Le président François Hollande a lancé la préparation d’un Livre blanc, qui débouchera sur une loi de programmation militaire au premier semestre 2013. Elle se traduira par une révision à la baisse des ambitions de la France en matière de défense. Comme l’expliquait récemment aux députés le chef d’état-major, l’amiral Guillaud, « l’effort de défense était de 2 % du PIB en 1997, avant de se stabiliser ces dix dernières années entre 1,6 % et 1,7 %. En 2012, il est de 1,55 %. À l’horizon de 2015, il dépassera à peine 1,3 %. » Le décrochage est net.
Durant le même temps, la Russie réarme, à l’image de toute la planète, à l’exception notable des Européens et des Américains – ces derniers, partant, il est vrai, de très haut ! En 2013, les dépenses de la Russie pour la défense augmenteront de 25 %, selon le ministère des Finances – soit 3,2% du PIB. En 2015, on devrait être à 3,7% - ce qui correspondrait alors, pour la Russie, à un effort presque trois fois plus important que celui de la France. «La Russie relance ses dépenses militaires parce que, selon sa vision stratégique, la force fait son retour dans les relations internationales » explique Thomas Gomart de l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Ce choix stratégique de la Russie pourrait profiter modestement à la France au travers de son industrie d’armement. Alors que l’Etat va réduire ses commandes, les entreprises de ce secteur ont impérativement besoin de trouver des marchés à l’extportation. La Russie, qui souhaite moderniser ses équipements plus vite que ne le lui permet son « complexe militaro-industriel », sera-t-elle un débouché ? Certains veulent y croire, parlant d’ « effet Mistral », du nom des quatre porte-hélicoptères de DCNS que les Français vont construire avec la Russie. On a vu, ce mois-ci, Renault Trucks Defense présenter son nouveau blindé léger Sherpa au salon Interpolitex de Moscou. On sait que les militaires russes s’intéressent au VBCI, le véhicule blindé de combat d’infanterie de Nexter comme au système Félin du fantassin du futur.
En pleine modernisation, la défense russe reste pourtant loin du compte. « Les Russes ont conscience de leur déclassement et cela contribue à leur raidissement, assure Thomas Gomart. Lorsqu’ils ont vu les Français et les Britanniques s’engager en Libye, ils ont compris qu’ils étaient incapables de faire la même chose ». C’est-à-dire une manœuvre diplomatique et militaire aboutissant, en quelques mois et à un coût très faible (quelques centaines de millions d’euros et pas un mort côté Otan), à la chute d’un régime. Le contre-exemple de la guerre menée, en 2008, par la Russie en Géorgie.
La France et la Russie – longue histoire de deux pays tour à tour ennemis et alliés. Napoléon, la Guerre de Crimée, la Guerre froide ne peuvent faire oublier l’Alliance franco-russe (1892-1917) ou le Seconde Guerre mondiale (1941-1945). Et aujourd’hui, où en sommes-nous ?
Les deux pays ont pris l’habitude de se retrouver chaque année au sein du conseil de coopération sur les questions de sécurité, le CCQS, qui réunit les ministres des affaires étrangères et de la défense de France et de Russie. Aujourd’hui, mercredi 31 octobre, à Paris, Sergueï Lavrov, Anatoli Serdioukov, Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian feront, ensemble, un vaste tour d’horizon des affaires stratégiques, pour la 11ème session de cette instance – dont il ne faut pas attendre, à la sortie, beaucoup plus qu’un communiqué diplomatique. Un seul sujet oppose vraiment les deux pays, la Syrie. Chacun se fera bien sûr un devoir de rappeler ses positions : Paris souhaite la chute du régime Assad alors que Moscou est, par principe, opposé à toute ingérence dans les affaires intérieures des Etats souverains.
Pour le reste, les relations entre les deux pays sont à la fois de bonne qualité et de peu de conséquences. Ni pour l’un, ni pour l’autre, le partenaire est jugé comme étant de toute première importance. Comme le font les Etats-Unis, la Russie bascule vers le Pacifique : elle a pour voisins des pays qui s’appellent le Japon, la Chine, la Corée ! A ses yeux, l’Europe ne compte vraiment qu’au travers de l’Allemagne. Lors de sa visite à Paris, en juin, Vladimir Poutine s’est fait un malin plaisir de le rappeler devant son homologue français. Evoquant les échanges commerciaux, le président russe résumait la situation : « Avec la France, il s’agit de 28 milliards et avec l’Allemagne de 72. Vous pouvez voir la différence ». En effet. Pour Moscou, Berlin pèse simplement 2,5 fois plus lourd que Paris…
La rencontre franco-russe d’aujourd’hui intervient alors que, sur le plan militaire, les deux pays prennent des chemins divergents : la France réduit la voilure alors que la Russie réarme. Le président François Hollande a lancé la préparation d’un Livre blanc, qui débouchera sur une loi de programmation militaire au premier semestre 2013. Elle se traduira par une révision à la baisse des ambitions de la France en matière de défense. Comme l’expliquait récemment aux députés le chef d’état-major, l’amiral Guillaud, « l’effort de défense était de 2 % du PIB en 1997, avant de se stabiliser ces dix dernières années entre 1,6 % et 1,7 %. En 2012, il est de 1,55 %. À l’horizon de 2015, il dépassera à peine 1,3 %. » Le décrochage est net.
Durant le même temps, la Russie réarme, à l’image de toute la planète, à l’exception notable des Européens et des Américains – ces derniers, partant, il est vrai, de très haut ! En 2013, les dépenses de la Russie pour la défense augmenteront de 25 %, selon le ministère des Finances – soit 3,2% du PIB. En 2015, on devrait être à 3,7% - ce qui correspondrait alors, pour la Russie, à un effort presque trois fois plus important que celui de la France. «La Russie relance ses dépenses militaires parce que, selon sa vision stratégique, la force fait son retour dans les relations internationales » explique Thomas Gomart de l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Ce choix stratégique de la Russie pourrait profiter modestement à la France au travers de son industrie d’armement. Alors que l’Etat va réduire ses commandes, les entreprises de ce secteur ont impérativement besoin de trouver des marchés à l’extportation. La Russie, qui souhaite moderniser ses équipements plus vite que ne le lui permet son « complexe militaro-industriel », sera-t-elle un débouché ? Certains veulent y croire, parlant d’ « effet Mistral », du nom des quatre porte-hélicoptères de DCNS que les Français vont construire avec la Russie. On a vu, ce mois-ci, Renault Trucks Defense présenter son nouveau blindé léger Sherpa au salon Interpolitex de Moscou. On sait que les militaires russes s’intéressent au VBCI, le véhicule blindé de combat d’infanterie de Nexter comme au système Félin du fantassin du futur.
En pleine modernisation, la défense russe reste pourtant loin du compte. « Les Russes ont conscience de leur déclassement et cela contribue à leur raidissement, assure Thomas Gomart. Lorsqu’ils ont vu les Français et les Britanniques s’engager en Libye, ils ont compris qu’ils étaient incapables de faire la même chose ». C’est-à-dire une manœuvre diplomatique et militaire aboutissant, en quelques mois et à un coût très faible (quelques centaines de millions d’euros et pas un mort côté Otan), à la chute d’un régime. Le contre-exemple de la guerre menée, en 2008, par la Russie en Géorgie.
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