Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vu au MACROSCOPE
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 380 289
Newsletter
30 novembre 2012

Face à Hollande, PCF et parti de gauche empruntent deux chemins différents

Sur MEDIAPART

 

 

Face au pouvoir socialiste, le Front de gauche reste partagé sur l’attitude à adopter. Doit-il s’obstiner à espérer que le gouvernement penche à gauche, ou considérer qu’il ne représente plus vraiment la gauche ? Doit-il espérer le convaincre en allié, ou se préparer à le battre en concurrent ? Ces questions traversent le rassemblement de l’autre gauche, perpétuant un clivage vieux comme le Front de gauche, entre les communistes et les autres : que faire de l’alliance avec le PS ?

« On est d’accord sur le diagnostic, on discute du meilleur moyen d’être efficace. » Éric Coquerel, proche de Jean-Luc Mélenchon, résume bien la situation. D’un côté, un parti de gauche (PG) estimant que la trahison des socialistes au pouvoir est irréversible ; de l’autre un PCF qui n’a pas d’autre choix que de constater la rupture avec le PS, mais qui estime qu’elle n’est pas encore définitive.

A la manifestation du 30 septembre 2012, contre le TSCGA la manifestation du 30 septembre 2012, contre le TSCG© MM

« On est entré dans une logique à la Papandréou, où chaque plan d’austérité est présenté comme le dernier. Le même raisonnement est à l’œuvre en France, analyse François Delapierre, du parti de gauche. Hollande est entré dans le cercle vicieux de l’austérité, économique comme politique. Le gouvernement se coupe peu à peu de sa base sociale, et se retrouve de plus en plus sous domination du patronat. » Pour l’ancien directeur de campagne de Mélenchon, dans un « contexte de dégradation idéologique », les espoirs communistes sont vains. « La stratégie de l’aiguillon est illusoire, tranche-t-il. Peu à peu, le gouvernement tue tout espoir dans cette stratégie. Vu la ligne idéologique du PS, qui devient progressivement celle d’un parti démocrate, nous nous trouvons dans une logique de compétition. »

Jean-Luc Mélenchon l’a redit ce lundi, au siège de son parti : « Tout ça va se précipiter, maintenant que les élections américaines et le congrès chinois sont terminés, les mafias internationales de l’argent vont se remettre en mouvement. » Pour l’ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle, Hollande ne fera que recopier les dessins de ses camarades sociaux-démocrates. « Ses amis Papandréou, Zapatero ou Socrates ont échoué lamentablement. Pourquoi s’entêter à faire la même politique qu’eux, alors qu’elle échoue partout ?! À quel moment Hollande va-t-il refuser de céder ? » se demande-t-il.

Les socialistes l’accusent de se glisser dans la posture du recours, misant sur l’échec de la gauche de gouvernement ? Il leur rétorque : « Je ne mise pas sur les événements, je sais qu’ils auront lieu. La chaîne de l’austérité va se rompre quelque part en Europe d’ici peu. On ne sait pas d’où le choc viendra, mais on sait qu’il arrive. »

Côté PCF, l’hostilité vis-à-vis du gouvernement est bien moins radicale dans les mots. « On ne dit pas que les intentions du PS et de la droite sont les mêmes, mais le résultat ne s’éloigne pas suffisamment des politiques de droite », a déclaré lundi matin le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, sur France Inter. Le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, insiste : « Si nous faisons partie de la majorité politique qui a dégagé Sarkozy, là où on attendait une vraie politique de gauche, de relance et pour les salariés, il n’est question que de compétitivité… »

Pour Dartigolles, la cause n’est pas pour autant entendue : « Quand ça va dans le bon sens, on est là. Sur le bouclier fiscal, la loi sur le logement ou les emplois d’avenir, on a voté pour. Et si on s’abstient, on aura toujours fait des contre-propositions. Nous sommes disponibles pour aller dans la bonne direction, et pas pour rester sur le bord du chemin à distribuer les baffes et les mauvais points. » Mais il admet dans le même temps : « Cela fait six mois qu’on ne voit aucune grande loi perçant le ciel et réconciliant la gauche avec son histoire. On a face à nous dogmatisme social-libéral et brutalité de comportement. »

Pour le président communiste du groupe Front de gauche à la mairie de Paris, Ian Brossat, « le PS est en train de régler le problème de lui-même, par son mépris… Mais sa récurrente pédagogie du renoncement entretient l’idée que rien n’est possible face à la crise, ce qui ne crée pas franchement un bon climat pour la gauche ». De son côté, la responsable des relations avec le Front de gauche au sein du PCF, Marie-Pierre Vieu, s’est résolue au « virage social-libéral » du PS au pouvoir, mais n’est pas davantage optimiste. « La clarification vis-à-vis du PS est faite, l’attitude des socialistes a bien aidé à cela. Mais il faut encore donner du contenu à cette clarification. »

« Hollande ne nous a jamais fait peur »

Entre les deux principales forces du Front de gauche, la divergence stratégique n’est pas nouvelle, et a constamment animé les débats internes et l’évolution du rassemblement, sans empêcher toutefois celui-ci de prospérer. « Ce n’est pas qu’une question d’être plus ou moins ambitieux, explique François Delapierre. C’est aussi une question de culture politique. Ils ont un sentiment d’infériorité vis-à-vis du PS que, nous, on n’a pas. Hollande ne nous a jamais fait peur à la table du bureau national. »

Ce différend quasi personnel entre Mélenchon et les siens vis-à-vis de leurs anciens camarades socialistes fait tiquer au PCF. « C’est toujours la même rengaine dans les réunions, dit un cadre communiste : “je les connais tous, ils n’ont pas de colonne vertébrale, ils courent à leur perte… Nous sommes l’alternative… Il faut se tenir prêt… Hollande peut m’appeler à tout moment…” » Un autre : « Mélenchon n’arrange pas les choses en affichant une rancune permanente. Quand certains socialistes votent non au TSCG, il leur reproche de ne pas voter la loi organique. Quand l’aile gauche du PS fait un joli score au congrès du PS, il fait tout pour le minimiser… »

En termes plus diplomatiques, Olivier Dartigolles estime que « plus que jamais, il ne faut pas dresser des murs à l’intérieur de la gauche ». Selon le porte-parole du PCF, le moment demande « d’être rassembleur et constructif, pas de blesser et d’entretenir des tensions permanentes ». Marie-Pierre Vieu détaille de son côté la « nuance tactique » qui peut opposer PCF et PG. « Si on veut dépasser les 15 à 20 %, on n’y arrivera pas uniquement en unifiant la gauche de la gauche, estime-t-elle. On ne peut pas être dans la négation du PS, même si on est conscient de son tournant libéral. On doit pouvoir les rallier à nous. Il faudra que des listes municipales ou européennes du Front de gauche soient ouvertes à des personnalités socialistes ou écologistes. » « Marie-Noëlle Lienemann, candidate Front de gauche aux européennes, ça pourrait être un objectif, par exemple », renchérit Ian Brossat.

Jean-Luc Mélenchon, au meeting de clôture des Estivales du Front de gauche, le 26 août à GrenobleJean-Luc Mélenchon, au meeting de clôture des Estivales du Front de gauche, le 26 août à Grenoble© S.A

Pour l’heure, les temps sont à la réaffirmation identitaire de chacun, même si localement, tout le monde insiste pour dire que les relations sont bonnes. Le PCF organise une cérémonie pour célébrer ses nouveaux adhérents et « enterrer son enterrement ». Après avoir lancé une campagne d’adhésion, le PG multiplie les meetings « contre l’austérité » dans plusieurs villes de France. Quant aux autres forces du Front de gauche, une grosse partie d’entre elles discutent pour se regrouper, afin de réunir anciens de la LCR et alternatifs issus de la gauche anti-libérale et des communistes refondateurs (lire ici). « Le mouvement de recomposition interne devrait durer jusqu’à l’été 2013, avant les investitures aux municipales, explique Danielle Obono, de Convergences & alternatives (ex du NPA). D’ici là, tout le monde prend le temps de discuter et de se tester. »

Le PG ne désespère pas de séduire une partie de ces autres forces, notamment via les Assises de l’écosocialisme qu’il organise le 1er décembre, sorte de prélude à l’établissement d’une nouvelle doctrine, déjà croisée au NPA ou chez les Verts, comme chez les altermondialistes. Les communistes, eux, redoutent en filigrane une « surenchère gauchiste » de ses alliés du Front de gauche. « Plus les vagues du NPA sont récentes, plus elles nous tirent vers la gauche, explique un dirigeant. Mais il n’y a plus d’enjeu sur notre gauche, on a fait le vide. Alors que vu la politique du PS au pouvoir, on a aussi intérêt à regarder sur notre droite. »

Pierre Laurent en meeting à Lille, durant la campagne présidentiellePierre Laurent en meeting à Lille, durant la campagne présidentielle© Reuters

« C’est une “année cuisine”, résume la dirigeante de la Fase Clémentine Autain. Chacun s’est un peu replié sur son Aventin. » « Nous sommes devenus plus qu’une alliance électorale, mais nous restons un front de partis », sourit Martine Billard, co-présidente du PG. Pour le communiste Olivier Dartigolles, « on entre dans une phase où on va vérifier si nous disons toujours les mêmes choses. La situation en Europe a évolué depuis nos derniers travaux collectifs. Il nous faut prendre le temps de l’analyse et de la réactualisation de notre projet ». Selon le porte-parole du PCF, « on ne doit pas être dans une approche patrimoniale et nostalgique de la présidentielle. Nous ne sommes pas des gardiens de musée ». Pour l'heure, les moments Front de gauche se résument donc à des cortèges communs dans les manifestations (la prochaine ce mercredi, organisée à l'échelon européen par la confédération européenne des syndicats), et à de rares communiqués communs (le dernier ici).

Jean-Luc Mélenchon, lui, aimerait en finir avec les concurrences infra-partisanes, ainsi qu’il l'écrit sur son blog : « Le Parti de gauche n’est pas une fin en soi. Juste un outil, une étape dans la refondation de la grande force de gauche dont nous avons besoin pour changer le futur. » En guise de réponse, ce week-end, le secrétaire national du PCF a lancé une campagne de communication intitulée « Je suis communiste et ça fait du bien ».

 

« Autonomie mutuelle »

Jean-Luc Mélenchon, Martine Billard et Jacques Généreux, le 12 novembre 2012Jean-Luc Mélenchon, Martine Billard et Jacques Généreux, le 12 novembre 2012© SA

Les débats stratégiques internes du Front de gauche ont trouvé un cas pratique aux airs de premier test politique, avec l’attitude à adopter lors du vote du budget. Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon espérait pouvoir « simplifier » l’obstacle : « Nous ne sommes pas l’aiguillon de l’actuel gouvernement. Nous sommes sa relève. Et d’ici la relève, les groupes se prononcent texte par texte, amendement par amendement pour améliorer tout ce qui peut l’être, comme c’est le rôle de tout parlementaire. C’est simple. » Mais rapidement, en dépit de récents votes oscillant entre abstention et contre (lire ici), communistes et mélenchonistes ont conclu à l’avènement d’un nouveau règlement intérieur pour le Front de gauche « en période de gouvernement socialiste »: « l’autonomie mutuelle ».

« Il y avait une nécessité à s’exprimer sur nos positions propres, et de publier notre contre-budget (lire ici), dit Éric Coquerel. Il y a toujours eu des musiques différentes, l’essentiel c’est de les assumer. » Martine Billard précise : « À partir du moment où les parlementaires ont une autonomie de décisions et de vote, et qu’ils sont très majoritairement communistes, nous avons décidé de développer la nôtre. Il y a des nuances entre nous, et on ne peut pas être à la remorque du PCF dans certains débats, notamment écologiques. » Les divergences sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la LGV Lyon-Turin, ou le nucléaire, ne sont pas surmontables si facilement.

Pour François Delapierre, le vote contre au budget socialiste est un impératif. « Les syndicats et les associations commencent à se tourner vers nous. On devient un nouveau référent politique. À nous d’entamer ce travail de cœurs à prendre. Une abstention sur le budget serait lue ainsi : “S’ils s’abstiennent, c’est qu’il doit y avoir des choses bien.” En votant contre, on dit : “Si c’étaient nous, ce serait mieux !” » « On doit voter contre si on veut faire comprendre à l’opinion publique qu’il y a deux lignes à gauche. Ce n’est pas un hasard si on parle davantage de nous depuis que le PCF a voté contre au Sénat. Ça nous rend plus audible », appuie Éric Coquerel.

Ce lundi matin, Pierre Laurent a pourtant annoncé que le groupe Front de gauche au Sénat, auquel appartient le récent sénateur, s’abstiendrait. « Même si le cap général ne nous convient pas, nous voulons continuer d’adresser le signal que nous attendons des inflexions de ce gouvernement. » Différence de cultures…

Pierre Laurent et Jean-Luc MélenchonPierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon© Thomas Haley

La question des prochaines élections municipales vient s’ajouter aux débats sur la relation avec le PS. Et encore une fois, les visions divergent. Pour les communistes, la situation est compliquée. Bilan dans des majorités sortantes à assumer, crainte de perdre des élus en étant autonome du PS au premier tour, peur de voir l'offensive PS sur ses bastions municipaux redoubler d’ardeur… « Il y a une grande hésitation, reconnaît Ian Brossat. Si les enjeux locaux primaient, la logique serait celle de l’union avec le PS, puisqu’on est très souvent dans les majorités municipales sortantes. »

Place du Colonel-Fabien, on temporise les velléités d’en découdre avec le rival socialiste. lire la suite........

 

Lire aussi

 

 

 

Commentaires
2 commentaires très pertinents (parmi d'autres) :

 

Publicité
Commentaires
B
Bon, pourtant c'est clair, je ne cesse de le clamer. Le parti soumis n'est pas à gauche, s'il l'a jamais été. Et le PCF répugne à la nécessaire rupture avec ce parti félon. Déjà peut-être pour ménager ce même PCF, Mélenchon est très modéré dans ses ambitions, ou plutôt dans celles qu'il défend. Le résultat est peu crédible, et c'est cela qui est désespérant.
Répondre
P
Un front du Peuple ? C'est beau , ça fait chaud au coeur ! Et c'est le futur de notre Europe !!
Répondre
Publicité
Vu au MACROSCOPE
Derniers commentaires
Publicité
Archives
Publicité
Publicité