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20 octobre 2013

Mélenchon : “Le jour où je déprime, je vais sur les sites de sciences et techniques”

 


Sur LES INROCKS

19/10/2013 | 16h05
Jean-Luc Mélenchon à Marseille le 15 mars 2012 (REUTERS/Philippe Laurenso)

Chaque semaine, l’émission Touche pas à mon poke, diffusée sur Le Mouv’, interroge une personnalité sur son rapport au web. De bonne grâce, Jean-Luc Mélenchon nous a ouvert l’historique de son navigateur. Voici la retranscription écrite de cet entretien dans lequel le leader du Front de gauche s’épanche sur sa passion pour les sites de sciences et technologies qu’il dévore sur Google Actu, reconnaît être un blogueur compulsif et explique enfin avoir inventé le « mur » bien avant Facebook, sur ce bon vieux minitel…

Quel est le premier réflexe lorsque vous allumez votre ordinateur de bon matin ?

Bing actualité, Google actualités, parfois le portail d’Orange. Ce n’est pas génial mais ça me donne une idée de la hiérarchisation de l’information. Autrefois, ce rôle était assigné aux journaux papier. Le Monde sortait en kiosques en fin de matinée et sa hiérarchisation de l’info donnait la ligne pour tout le pays. Puis ce fut Libération qui devint prescripteur de mode. Tout ce monde des vieilles gloires croupit aujourd’hui dans la nostalgie et l’auto-célébration. Aujourd’hui c’est le web qui hiérarchise. Heureusement, car la marge de liberté est plus grande. Maintenant nous sommes bien plus libres. Avec le web, vous pouvez contourner le système officiel de la pensée. Pour moi, c’est un espace de liberté gigantesque. Et l’interactivité est une nouvelle dimension de l’espace médiatique. Je suis sans arrêt interpellé sur mon blog ou sur Facebook. Quand je regarde ma page, j’apprends des choses. C’est autrement plus riche et foisonnant que la lecture des vieux bréviaires bien-pensants de la presse papier.

J’ai vu que vous aviez posté un commentaire sur Culture visuelle, le blog d’André Gunthert. Vous êtes donc également commentateur ?

Oui mais j’essaye de pas trop le faire car ça peut donner une importance disproportionné à mon propos et amener la pagaille chez mes hôtes.  Avec le temps, j’ai appris à régler la taille du haut parleur. C’est la raison pour laquelle j’ai mis un coupe-feu à mon compte Twitter. Je n’y accède pas directement et je ne sais pas le faire fonctionner : c’est volontaire ! Je n’y accède pas directement car sinon, je me connais, je n’arrêterai pas. En plus, comme j’ai la langue pointue, ça créerait des incidents à répétition. D’ailleurs à chaque fois que j’ai tweeté moi-même, dans 4 cas sur 5, ça n’a pas manqué de susciter une polémique sur les réseaux sociaux.

Vous lisez autant le web que la presse aujourd’hui ?

Je lis au moins deux journaux par jour. D’abord , L’Humanité pour être sûr de ne louper aucune actualité sociale et vivre au rythme de ma famille politique. Puis Les échos pour ne pas louper l’actualité économique. C’est un journal austère et libéral. Mais passionnant. Tout le reste, ça dépend des jours. Et puis il y a les hebdos, les mensuels. Certes, je consomme beaucoup. Mais l’essentiel de ma vie intellectuelle se trouve sur le web. D’abord pour la ballade. Ensuite pour le boulot. Dès que j’ai un mot ou une expression en tête, je vais me reporter au texte de référence sur le web. Aujourd’hui c’est magique, vous tapez trois mots et vous avez accès à une masse incommensurable d’informations. Je me sens stimulé par le web comme lorsque j’avais 20 ans et que je décortiquais la presse.

Quels sites d’informations consultez-vous ?

Je les regarde pratiquement tous. Je vais de lien en lien. Au fil de ma fantaisie. Je vais sur Mediapart qui est une référence mais je vais aussi sur Rue89. Des camarades m’ont demandé pourquoi j’y allais. C’est simple : je trouve que Rue89 se lit bien et que c’est même plutôt intéressant. Des sites comme Atlantico ou Slate, ce n’est pas forcément mon bord politique mais j’y passe également.

Vous êtes la cible de nombreux sites d’extrême droite, vous les observez ?

Je ne vais pas trop sur ces sites car il faut pouvoir supporter ce qui y est écrit. J’ai peu de temps disponible et j’ai d’autres priorités. Je sais que je fais l’objet de nombreuses attaques. Et même de menaces. Donc on les surveille et on les analyse. Au Parti de gauche, nous avons un groupe de veille qui s’occupe de cela. Nous étudions la manière dont les sites d’extrême droite construisent des argumentaires. Ils ont la même méthodologie que nous, c’est le miroir inversé. Donc, on étudie de près ce qu’ils peuvent faire. On regarde  également le cheminement de leurs mots dans l’espace public. Il y a plein de gens qui ne savent pas qu’ils « parlent FN » et pourtant ils le font. C’est un combat culturel et sémantique qu’avait entamé La Nouvelle droite dans les années 80 et qu’ils poursuivent désormais sur le web. Ils sont très forts. Et nous aussi. La contamination par mon vocabulaire et nos argumentaires fonctionne bien.

Et d’un point de vue plus personnel ?

Mes marottes ? D’abord la rubrique « sciences et techniques ». Je suis un fou de technos, donc je vais régulièrement guetter la rubrique « Sciences/High-Tech » de Google. Je suis abonné à des alertes sur ces sujets. La semaine où l’on a des photos d’une nouvelle galaxie, je vais voir à quoi ça ressemble. J’ai même commencé un discours une fois sur la découverte du rayonnement fossile du big bang…Les jours où ça ne va pas, où c’est la déprime, vite vite, je vais sur les sites de sciences et techniques. Vous découvrez le type qui a découvert une nouvelle cellule ou une nouvelle étoile et vous vous dites que les êtres humains valent mieux que ce dont ils ont l’air. C’est une source d’optimisme.

Votre êtes un blogueur compulsif…

Mon blog est assez central dans mon existence, c’est l’endroit où j’écris mes plus beaux textes. Il est volontairement simpliste et certain jour pitoyable dans sa conception tant je rajoute de choses au grand dam de mon webmaster. Il est archaïque parce que mes textes sont interminables. J’écris l’équivalent d’un livre de 150 000 signes tous les mois et demi. Mon écriture a pris une embardée au moment où j’ai appris à prendre en main un logiciel de dictée. Mais j’essaye de ne pas avoir une appropriation trop personnelle de mon blog. J’aimerais que les regards qui se portent vers moi, servent aussi à d’autres. C’est la raison pour laquelle, par exemple, j’ai fait une galerie avec des photos d’artistes ou de militants.

Vous bloguez tous les jours ?

Oui, je m’en occupe quotidiennement. Sa production, sa préparation, tout cela me prend énormément de temps. Je m’amuse beaucoup à faire des liens sur d’autres sites, à mettre des vidéos. J’ai une méthode très réformiste. Mes lecteurs ne s’en rendent pas compte mais à peu près tous les six mois, le blog a changé de configuration. Il y a quelques éléments fixes qui demeurent mais la présentation, les angles, tout cela change.

Vous arrivez à arrêter de bloguer de temps en temps ?

Non, même en vacances, je finis par écrire sur mon blog car c’est le seul endroit où je peux me permettre des choses que la vie politique ne me permet plus. Cet été, j’étais en Equateur pour faire des conférences en espagnol et j’ai fini par me retrouver dans une aventure merveilleuse sur la piste de la momie d’Atahualpa, dernier empereur inca. J’ai raconté l’expédition de Charles Marie de La Condamine, explorateur français, qui s’était mis à la recherche de la courbure de la terre. Rien à voir avec la politique ordinaire même si j’ai trouvé quelques passerelles. Dans mon esprit il y en a toujours. Sortir durant quelques semaines de l’économie et de la stratégie politique m’a fait un bien fou. Les commentateurs de mon blog ont bien reçu cette fantaisie. J’ai eu des commentaires amusés, des gens qui me complétaient, d’autres qui me corrigeaient. C’était amical, complice, et donc stimulant.

Un conseil à donner à vos collègues politiques qui sont encore réticents vis-à-vis du web ?

Je trouve toujours dommage de voir des gens qui se méfient de tout ce qui est moderne. Internet peut être le moyen d’amplifier les plus mauvaises habitudes comme des rumeurs, des calomnies, mais c’est également l’invention la plus fabuleuse de tous les temps depuis le feu.

Figurez-vous que quelqu’un m’a écrit récemment pour me dire pourquoi je me trompais sur un détail, à savoir comment calculer une seconde par la trajectoire d’un balancier. La personne s’est donnée le mal de me l’expliquer en commentaire. Comme je suis très curieux, j’ai fini par l’appeler par téléphone pour qu’il me donne davantage de détails. Vous comprenez ? La toile a beaucoup du pire. Mais tellement du meilleur ! C’est génial. Rendons grâce aux premiers pas dans cette direction que fut Minitel ! Même si tout le monde l’a oublié. Et au réseau universitaire français qui avant RITA de l’armée US a imaginé la toile….

Vous étiez déjà sur Minitel ?

Oui, j’avais fait un site minitel à l’époque qui s’appelait 3615GAU, sur l’actualité de la Gauche Socialiste. J’ai inventé le mur, on appelait ça le webzibao. Je me suis toujours intéressé aux techniques les plus avancées. Aujourd’hui le système du web combiné à l’immédiateté de l’actualité bouscule toutes les structures politiques et médiatiques. Ce n’est qu’un début ! Je suis très enthousiaste. Ma doctrine renverse l’adage de Rabelais. « Sciences sans conscience n’est que ruine de l’âme ! » Dit-il. Il a raison. Mais la science et la technique adossées à une profondeur humaniste sont le triomphe de l’esprit humain.

Propos recueillis par David Doucet 

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Retrouvez la chronique audio de cette séquence de Touche pas à mon poke sur le site du Mouv’.

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Commentaires
P
Idem !¨Pour moi c'est la marche des sciences , où place de la toile où terre à terre qui me réconcilient avec mes frères et sœurs en humanité ;-)..
Répondre
P
Idem !¨Pour moi c'est la marche des sciences , où place de la toile où terre à terre qui me réconcilient avec mes frères et sœurs en humanité ;-)..
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V
je fais exactement comme li et après je diffuse les nouvelles qui me permettent de dire que l'être humain, au travers des scientifiques qui nous ramènent à notre niveau de singes un peu évolué, me réconcilient avec mes frères et sœurs malgré tout !
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