Nantes : la manifestation contre Notre-Dame des Landes dégénère...
22/02/2014 | Nantes | Contestation Vu : 194566 fois article n 8065 | 
Scènes de guerre dans Nantes aujourd'hui. Engins de chantier qui brûlent. Barricades ça et là. Saignées profondes dans les rues pavées comme labourées. La fumée des gaz, les vitrines et arrêts de tramway brisés. La manifestation contre Notre-Dame des Landes a été un succès numérique : plus de 40.000 manifestants (60.000 selon les organisateurs) et près de 500 tracteurs en ville dont 200 du département. Mais elle a dégénéré. Comment, pourquoi, à qui la faute ?
Après l'interdiction du centre-ville aux manifestants, les organisateurs (ACIPA et d'autres organisations paysannes) se sont rabattues sur un itinéraire de 800 m : Rue de Strasbourg – cours Estienne d'Orves (face au château, le long des rails) – boulevard Philippot au sud de l'ile Feydeau – place de la Petite Hollande. A l'arrivée étaient prévues une grande parade de tracteurs et des animations diverses. Dans les faits, il y a eu plusieurs cortèges de manifestants, qui dès le début de la manifestation occupaient l'itinéraire et le cours des 50 otages. Et le début de la manifestation a été très bon enfant, avec des clowns et des barbecues.
Les casseurs dévastent l'ile Feydeau et Commerce
Antoine, qui y était, témoigne : « ce sont les flics qui ont mis le bordel, eux-mêmes tous seuls comme des grands ». A cinquante mètres du terminus, vers 15 heures, ils ont barré la route à la manifestation au niveau de Commerce. Et ont commencé à asperger le tout de gaz lacrymogène. Presque immédiatement les manifestants ont commencé à dépaver le tram pour faire réserve de projectiles. Les petits pavés 5x5 ont volé bas.
Pendant ce temps, les casseurs avaient déjà fait des leurs. Rue de Strasbourg, les banques étaient repeintes, avec des slogans vengeurs : Feu au capital ou Crève Monde. La vitrine du petit bureau de commercialisation d'un chantier Vinci de la rue de Strasbourg a été brisée. La façade de l'accueil de la mairie redécorée. Une foreuse sur le chantier du square Mercoeur est incendiée à 14h40. Puis les casseurs débouchent dans l'Ile Feydeau, sans défense. Ils saignent la rue Kervégan et enlèvent ses gros pavés pour faire une barricade au croisement de la rue Du Guesclin, au milieu de l'île. Il était alors 15h20. Mettent des portes, des barrières de chantier, des déchets divers. Une autre barricade est mise en feu dix minutes plus tard rue Du Guesclin pour voiler au regard des policiers ce qui se passe sur l'île. Une troisième est dressée au bout de la rue Bon-Secours, à l'est de l'ile Feydeau face au Bouffay.

Les forces de l'ordre contournent, par le cours Olivier de Clisson et le sud, repoussant à mesure les manifestants avec des canons à eau et des envois de grenades lacrymogènes. Ce qui leur prendra une heure. Une trentaine de casseurs s'attaquent vers 14 h au commissariat situé au coin du cours Olivier de Clisson face au CHU, prennent le soin de casser toutes les caméras de surveillance du secteur, et de taguer la façade. Pendant ce temps, les vitrines volaient en éclat ou étaient repeintes. L'agence SNCF, place de la Bourse, avec des slogans contre le TAV (TGV Lyon-Turin). Les agences de voyage – FRAM, Nouvelles Frontières notamment – allée Brancas et au Bouffay. Vitrines brisées, bureaux dévastés. Les banques, systématiquement taguées. Le bas de la façade XVIIIe du tribunal administratif, inondé de rouge sang, près de l'hôpital. A 16 h un second engin de chantier – une excavatrice – est allumé dans l'emprise du chantier Eurovia/Vinci du carré Feydeau, près de l'arrêt de tramway du Bouffay. Et deux arrêts de tramway au moins – Médiathèque et Commerce – voient leurs vitres dévastées ; le local technique de la TAN à Commerce a été incendié. Dans l'ensemble, les bâtiments et infrastructures visées appartenaient à l'Etat, à la ville de Nantes (mairie, tram) dont l'ex-maire est le parrain du projet ou à des entreprises du secteur du tourisme, du BTP (Vinci construit l'aéroport), et des banques. Aucun autre commerce n'a été touché, à l'exception notable de la SNCF mise en cause dans le TGV Lyon-Turin.
Peu à peu, les forces de l'ordre – gendarmes mobiles, CRS, policiers en civil, BAC, RGs (enfin SDIG) réunies dans un important dispositif d'au moins 500 personnes – ont repoussé les manifestants place de la Petite Hollande où ils ont pu se disperser après 18h30. Plusieurs interpellations ont été faites. Il y a une dizaine de blessés de chaque côté et comme à Auray samedi la police a fait de nombreux tirs tendus de flashball, à la fois à munitions molles et dures. Ces dernières sont réservées à un adversaire armé et ne peuvent être tirées à moins de 5 mètres de lui. Plusieurs journalistes ont été touchés par des tirs de flashball. Des manifestants auraient aussi repéré un groupe de 30 policiers en civil déguisés en black blocks qui étaient en train de se faire briefer en début d'après-midi. Immergés dans la manifestation, ils ont contribué à attiser le feu.

La classe politique en question
Tant les slogans de la manifestation que la situation de crise dans le coeur de la capitale bretonne ont amené à remettre en cause la classe politque. Au centre de la manifestation, Pierre Gobet, candidat du parti des Nantais (société civile), a tourné deux courtes vidéos où il explique « qu'on peut être pour, on peut être contre le projet, mais une chose est absolument certaine, c'est qu'on doit dénoncer l'incompétence de la classe politique », mettant dans le même sac « Ayrault et Fillon qui ont géré ce projet [l'aéroport] d'une façon invraisemblable » puis l'ex-maire de Nantes « incapable de gérer une situation de crise ».
Dans le même élan, un bateau occupé par une demi-douzaine de sympathisants locaux du comité Hollande Démission, proche du Printemps Français, a déboulé en plein élan dans le bassin situé à l'extrémité de l'Erdre près de la Préfecture, toutes bannières dehors et en appelant à la démission du président.

Pour qui roulent les casseurs ?
Une chose est sûre : du fait des débordements de la journée, les 40 à 60.000 personnes qui sont venues pacifiquement défendre leur opposition à l'aéroport sont complètement oubliées. Près de 60 cars sont venus de toute la France, et notamment de départements aussi éloignés que sont l'Ariège ou l'Ardèche. Et l'ampleur de la mobilisation, un an après des rassemblements à Notre-Dame des Landes et à Nantes qui plafonnaient à 30 ou 40.000 personnes, montre que l'opposition est là, plus déterminée et plus unie que jamais. Fort opportunément, un sondage dégage une large majorité des français contre l'aéroport : 56 % contre 20% favorables au projet.
Dans les articles écrits par nos confrères subventionnés, toute la place ou presque est occupée par les débordements. Les photos du centre-ville mis à sac. Et demain le préfet en remettra une couche. Avec la « nuit de cristal » perpétrée en plein jour. Avec les quatre gendarmes mobiles blessés. Les dix interpellés. Les barricades de bric et de broc en plein milieu de la magnificence XVIIIe de l'Ile Feydeau. Les stations de tramway dévastées. Le « millier » de casseurs, qui étaient d'ailleurs moitié moins. Voilà qui leur permettra de passer sous silence les données du débat. La bombe à retardement naturelle, sociale et économique qu'est le projet d'aéroport.
Oubliés le coût faramineux du projet, le PPP mal ficelé qui le doublera encore, comme au nouvel hôpital de Saint-Nazaire ou à celui d'Evry-Corbeil. Oublié le campagnol aquatique et les salamandres rarissimes destinées à être capturées ou écrasées sous les pelleteuses. Oubliée l'utilité économique très relative de l'aéroport. Oubliée la législation de l'environnement, saucissonnée, ignorée, massacrée par les porteurs du projet. Quitte à créer un dangereux précédent : demain on pourra construire n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment. Oublié leur inventaire des espèces et des ressources en eau à protégé, bâclé en trois jours et où il manque la moitié des données du terrain, faute de temps et d'envie de les intégrer. Oubliés les sols impropres à toute construction, spongieux, argileux. Oubliée l'utilité du plateau de Notre-Dame des Landes, qui capte l'hiver toute l'eau qui tombe du ciel et la restitue l'été dans le Canal de nantes à Brest et l'Erdre, limitant les inondations l'hiver, la sécheresse l'été. Une éponge naturelle sans laquelle cette année, avec toutes les pluies qui sont tombées, Nantes, Blain et Redon auraient été beaucoup plus inondées qu'elles ne l'ont été.
Une fois de plus, Nantes est au coeur des événements. Ce qui s'y passe interpelle le pays tout entier. Les scènes de cet après-midi, qui ne manquent pas de rappeler ce qui se passe à Kiev ou à l'ouest de l'Ukraine, témoignent d'une France à bout, où les esprits s'échauffent et vont vers la révolte ouverte, quitte à s'asseoir sur la raison et l'objet même des luttes sociales. Mais une chose est sûre : toute cette casse donne au gouvernement un prétexte inespéré d'assimiler l'opposition à l'aéroport à l'ultra-violence, au désordre et au vol, et de passer à la trappe tout le reste. Donc les casseurs de cet après-midi ne roulent ni contre le capital ou pour l'anarchie, un monde meilleur ou un autre de leur slogan. Ils foncent pour le compte du gouvernement. Dans le mur et en klaxonnant.
LOUIS-BENOIT GREFFE
Idem, à Paris, tous les secteurs pavés (par exemple le quartier Latin) sont systématiquement interdits aux manifestants et barrés. L'expérience de mai 68 peut-être.
Posons nous les bonnes questions :
- comment se fait-il que les manifestants "non pacifiques" ont pu s'enquiller librement dans la rue Kervégan, pavée (et avec des pavés XVIIIe s'il vous plaît, bien gros) ?
- comment se fait-il qu'avec plus de 1500 policiers et gendarmes en ville, il ne s'est pas trouvé 100 à 150 agents pour mettre des grilles et interdire au moins la partie pavée de l'ile Feydeau (ou il y a deux rues qui se croisent, et pas très larges en plus, donc pas compliqué à barrer)
- comment se fait-il que les deux chantiers sur le parcours n'ont pas été sécurisés? Vinci / Eurovia a des chantiers ailleurs (sur l'île par exemple) pour mettre les engins et l'expérience montre qu'au moins palettiser les pavés et Cie permet de limiter sérieusement la casse (c'est long à enlever le blister).
Conclusion : côté MO (maintien de l'ordre), ça a été un échec total, par manque volontaire de préparation, et bien que le risque de débordement était connu. Résultat voulu? A chacun de s'en faire une opinion.
Le nombre des CRS étaient impressionnants et disproportionnés et a participer à la montée du sentiment d'agression.
Nous avons passé une partie de l'après-midi dans un café avec d'un coté des CRS et de l'autre des jeunes cagoulés. à un moment, une vingtaine de policiers (non arnachés comme les CRS) est venue atturé les jeunes vers eux, ils étaient suivi par les crs eux en habit de scarabée... très surréalistes car c'était clairement de la provoque pour faire monter la sauce...
plus tard vers 16h30/17h c'était plus calme, nous étions d'ailleurs sortis devant le café, le patron du café a fait remarquer que les CRS étaient en train de discuter pour savoir ce qu'ils faisaient: se retirer ou monter (nous avons tous traduit: calmer le jeu ou faire monter la pression) devinez ce qu'ils ont fait? et bien non ils n'ont pas calmé le jeu, ils sont au contraire venu encercler les jeunes et ont en plus appeler des voitures bélier...
Alors je ne sais pas si les jeunes roulaient (volontairement ou non) pour le gouvernement, ce qui est clair pour moi c'est que les CRS étaient là pour attiser la haine et provoquer l'incident afin de discréditer le mouvement.
Commentaire (éclairé) glané sur Facebook:
Céline la Corp-nec dialogue imaginaire la réunion de preparation de la manif du coté vinci etat
25 février 2014, 10:38
Autour d une table ronde avec des encas de luxes
un représentant de l etat et un de vinci,
plus plein de hierarchiquement non autoriser a parler.
Etat : Cher représentant de Vinci, 56 pour cent de la population est contre l aéroport et avec la manifestation du 22 mars ca pourrait augmenter...
Que faire ?
Nous sommes pris a la gorge?
Vinci: Lançons nous dans la mise en scène spéctaculaire. Nous seront une frange théatalisante de la guerre.
Etat: Je ne vois pas bien ou vous voulez en venir. La force créative pour le moment ce sont nos opposant et ils sont nombreux . Si les média relaye le char de triton les hommes arbres, ou les 500 tracteurs, imaginer
l opinion publique....J ai meme entendue dire que des clown s entrainait en brigade rendez vous compte.
vinci: Pas de panique , la guerre ca sa intéresse l audimat ,bien plus que les tritons et les média le savent (au
pire nous leur graisserons la patte).commençons par trouver des acteurs de la colères populaire.
Etat: Si sa s apprend nous seront destituer.
Vinci: Nous ferons ça intélligement ne vous inquiétez pas. Les radicaux sont épuiser avec l hivers, une petites humiliation et la colère les poussera droits sur notre scene , acteur gratuit conssentant et non conscient qu il jouerons pour notre belle representation.
Etat : Jusque la je vous suis, mais il faudait tout de meme pas qu il y est des mort...
Vinci: Nous planterons le décors, changeons par exemple jeudi 20 au dernier moment, la trajectoire de la manifestation.
Interdisons le centre ville de Nantes a l aide d importante barricade, réduisons l itinéaire.
Ca ne leur semblera pas légitime mais ça sera legal (la construction c est mon domaine). Cela engendrera de la colére ,si nous glissons des infiltré parmis les autonomes pour inciter à la rebellion, ca devrait entrainer de la violence coter manifestant.
Etat: Je comprend votre stratégie mais elle ne garantit pas qu il n y est pas de mort.
vinci: On y vient, des fumigènes partout pour créer l atmosphere et ça sous couvert de bombe lacrymo
envoyer de tres loin sous entendant une violence qu elle est commencer ou pas.
La population pacifiste sera sensible a l atmosphere et par conséquent quittera les lieux.
Etat:Tres bien mais un mort chez les radicaux serait tout aussi nuisible.
Vinci : Vos hommes seront équipé pour protéger et ne seront pas offenssif ( enfin pas ceux en uniforme).
Face a tant de violence supposé, il sera rassurant pour la poulation de les voirs.
Et nous seront clair sur les ordres, le moin de violence portant a consséquence,possible.
Etat: ....
Vinci: On pourrait mettre des vitrines genantes sur la nouvelle trajectoire il y a une boutique vinci a tel endroit, ca genererait de la casse.
Et laisser des pavé non incrusté dans le sol, comme ca pof
Et bien sur des infiltré pour inciter a les lancer.
ETat: Décidement vous et les banques avez toujours une solution. Quel metteur en scene vous faites!!!
Avec tout ça c est sur que les journalistes vont oublier les dansseur , les tritons ,les tracteurs et les arbres....



