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17 mars 2014

République Bananière d’Ukraine, épisode 6

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République Bananière d’Ukraine, épisode 6

Par | on 17/03/2014 | 

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par Xavier Moreau – 15 mars 2014

Épisode 6 : anarchie

John Kerry et Sergei Lavrov d’accord sur les sanctions.

Selon toute vraisemblance, les chefs des diplomaties russe et américaine sont tombés d’accord vendredi dernier pour « l’après annexion » de la Crimée. Le temps des postures étant passé, Américains, Anglais, Allemands, Français et Russes doivent désormais régler le plus rapidement et le plus efficacement possible les problèmes du reste de l’Ukraine.

Problème numéro 1 : l’insécurité

Le problème des bandes armées est de plus en plus ingérable. À Kiev, dans la nuit de mercredi à jeudi, 38 « Guerriers de Narnia » armés (une composante du « Pravy Sektor »), ont attaqué une banque. Arrêtés par la police, ils ont été relâchés après avoir expliqué qu’ils voulaient protéger la banque. Rappelons que les structures de force du gouvernement putschiste sont entre les mains de Svoboda. Le fait est que ces milices sont constituées majoritairement par des militants de l’Ouest pauvre de l’Ukraine. Elles n’ont absolument pas envie de se disperser et de retourner dans leur campagne misérable. La violence s’étend de plus en plus dans l’Est de l’Ukraine. À Donetsk, les militants anti-maidan ont violemment dispersé les milices néo-nazies, faisant un mort. À Kharkov, ce sont les milices néo-nazies qui ont ouvert le feu sur les anti-Maïdan faisant deux morts et cinq blessés, dont un policier. Après avoir pris trois otages, une trentaine de néo-nazis se sont finalement rendus à la police. Ce matin, des habitants de Kharkov montaient la garde devant le commissariat pour éviter que les miliciens soient libérés comme à Kiev.

Dans l’Ouest de l’Ukraine, les dépôts de munitions ont été pillés, des milliers de Kalachnikov, de pistolets Makarov, de grenades et de munitions sont désormais dans la nature. Selon la presse russe, des armes anti-aériennes portables de type « IGLA » auraient également disparu. Pour tenter de reprendre la main, le gouvernement putschiste a décidé de monter une garde nationale. Dans la mesure où le ministre de la défense est l’ancien « chef d’état-major » de Maïdan, il y a fort à parier que cette garde soit en fait une milice chargée de réprimer les mouvements russophones et d’organiser le nettoyage ethnique, sur le modèle de ce que les services américains avaient effectué avec succès en Krajina en 1995 et sans succès, en 2008, en Ossétie. Le gouvernement russe a clairement fait savoir qu’il ne tolérerait pas ce genre d’agressions.

Problèmes numéro 2 : l’économie

Il apparaît clairement qu’en ce qui concerne l’aide économique, le compte n’y est pas. Alors que sans le coup d’état, la Russie s’apprêtait à acheter de nouveau $3 milliards de bons ukrainiens fin février, l’UE et les États-Unis n’ont toujours pas versé le moindre centime. Lorsque l’on regarde le plan d’aide, on y voit « 3 milliards avant la fin de l’année » fournis par la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement), des avantages commerciaux etc. Les occidentaux ne comprennent pas ou font semblant de ne pas comprendre que l’Ukraine a besoin de cash maintenant, et qu’à moins d’un accord avec la Russie, sa dette gazière va exploser à la mi-avril. Il semblerait également que l’Allemagne et la France soient désormais opposées à la signature de l’accord de coopération initialement prévu, et auraient, dans ce but, inventé un contenu politique, qui n’engage à rien et dont personne ne connait exactement le contenu.

Problèmes numéro 3 : la politique intérieure ukrainienne

Le gouvernement de Kiev a dû se soumettre de nouveau, dimanche dernier, à l’approbation du soviet de Maïdan. La capitale est triste mais calme. L’arbitraire y règne toujours, les députés, les fonctionnaires et leur famille, restant sous la menace des milices. C’est également le cas en province.

D’après nos dernières informations, l’Ukraine se dirigerait vers une fédéralisation plus ou moins lâche selon les régions. Une autonomie relative à Dniepropetrovsk, par exemple, et une plus grande autonomie pour Donetsk. Cette solution satisferait la Russie mais constituerait un nouvel échec des occidentaux. Les régions de l’Est seraient, elles aussi, pleinement satisfaites grâce au contrôle accru des ressources fiscales. En effet, la protestation en Ukraine de l’Est prend également une tournure fiscale avec un slogan « Khvatit kormit Kiev », « Arrêtons de nourrir Kiev ». Une des conséquences sera une paupérisation massive de l’Ukraine de l’Ouest où le niveau de vie est déjà entre deux et trois fois inférieur à celui de l’Est. Différents mouvements de populations devraient avoir lieu en Ukraine. Une partie des populations russes et russophones devraient migrer vers la Crimée. La future région russe attend, par ailleurs, sa meilleure saison touristique depuis 25 ans. Les Russes qui soutiennent à 83% la politique de Vladimir Poutine annulent massivement leurs vacances en Turquie, pour venir en Crimée. Avec les investissements russes qui vont suivre, la Crimée va devenir un îlot de richesse. Notons au passage qu’en se rattachant au régime des retraites russes, les habitants de la Crimée vont voir leurs pensions plus que doubler, tandis que le reste de l’Ukraine va voir les siennes divisées par deux. La Crimée conservera également la gratuité des soins médicaux, comme en Russie. Les Ukrainiens de l’Ouest vont s’enfoncer dans leur pauvreté structurelle. Certains migreront vers l’est de l’Ukraine et d’autres émigreront clandestinement vers la Pologne ou l’Allemagne, puisque rappelons-le, aucun changement dans le régime des visas n’est à attendre.

Les gagnants et les perdants

Le gagnant numéro un est incontestablement la Russie et à titre personnel, Vladimir Poutine. Avec 72% de côte de popularité, le dirigeant russe, en rattachant la Crimée, est définitivement rentré dans l’Histoire. En tenant tête aux États-Unis, il a posé une nouvelle pierre du nouveau système des relations internationales, fondé sur la multipolarité. La Russie a renforcé son image de puissance régionale incontestée, confirmant à la Chine (qui s’est abstenue lors du vote contre la Russie, ce samedi au conseil de sécurité) et à l’Inde, sa place centrale dans l’établissement du nouveau système international. Le 16 mars marque ainsi un tournant dans l’ère des relations internationales. Ajoutons que cette cuisante défaite de l’OTAN est aussi une première victoire et une étape vers la construction d’une nouvelle Europe-puissance.

À moins d’un coup de théâtre, l’Union Européenne ne prendra pas de sanctions sérieuses contre la Russie. L’Allemagne et la France devraient s’en sortir « plutôt pas trop mal ». Cette crise a été pour les deux pays l’occasion de se rendre compte de l’interdépendance de leurs économies et de la résolution des Russes en matière de contrôle de leurs sphères d’influence. Espérons que le soutien des services secrets allemands sur Maïdan et la présence de Guido Westerwelle aura été pour les Russes une prise de conscience de la duplicité de Berlin. Aucune des deux puissances française ou allemande ne veut de sanctions sérieuses, au contraire des Polonais et des Baltes.

Ces derniers sont les grands perdants de l’opération. La Pologne voit s’éloigner pour longtemps son rêve de constituer une « république d’entre deux mers ». Elle risque même d’avoir à gérer les bandes armées, qui une fois leur échec consommé face aux Russes, se retourneront vers leurs autres ennemis, les polonais (rappelons que Stepan Bandera a commencé sa carrière en assassinant le ministre de l’intérieur polonais). Les pays baltes, quant à eux, ne peuvent constater que l’impuissance de l’OTAN face à la Russie.

Le bilan pour les États-Unis est mitigé. Certes ils ont échoué dans leur but principal qui était d’intégrer l’Ukraine dans l’OTAN. En revanche, ils ont donné une double leçon aux puissances européennes :

- Leçon numéro 1. Islamisme, fascisme et mafia sont ce qui attend les puissances européennes qui auraient des velléités d’indépendance ou de sortie de l’OTAN.

- Leçon numéro 2. C’est avec la diplomatie américaine que la Russie gère la sortie de crise. L’Allemagne et la France sont totalement neutralisées par l’Union Européenne, dont le rôle est limité à une simple chambre d’enregistrement des décisions de Washington.

Les deux autres grands perdants sont aussi l’Union Européenne et les médias français. L’Union Européenne, en soutenant les mouvements néo-nazis en Ukraine a montré qu’elle n’était pas un facteur de paix, mais de guerre en Europe, et que ses prétendues valeurs étaient à géométrie variable. Elle n’a pu maintenir l’opinion publique française que dans une ignorance relative de ses méfaits, la presse officielle ayant été débordée par de nombreux sites internet, où la bêtise et l’incompétence des journalistes français n’ont cessé d’être mises en évidence. Tandis que la presse française se discrédite chaque jour davantage, le site « realpolitik.tv » bat tous ses records de fréquentation (44 000 visites les deux premières semaines de mars), ce qui en fait le premier site spécialisé en France, très loin devant l’IRIS ou l’IFRI.

Un point sur la presse française et ses mensonges

- Mensonge vicieux. À Kharkov, il n’y a pas eu de « fusillade entre les pro et anti-russes », ce sont les milices néo-nazies qui ont tiré sur des manifestants et des policiers désarmés.

- Mensonge éhonté. Il n’y a jamais eu 50 000 personnes pour la « marche pour la paix » de l’opposition pro-Washington à Moscou ce samedi, mais au maximum 20 000. Ce nombre, relativement important pour une manifestation de l’opposition de rue, n’a été obtenu que par la mobilisation de l’extrême droite russe racialiste, dont certains membres ont été arrêtés pour avoir brandi des drapeaux nazis.

- Et toujours le plus gros mensonge par omission de la crise ukrainienne, le passage sous silence de la conversation entre le ministre de AE estonien et Catherine Ashton, qui confirme l’utilisation par Maïdan, des snipers contre les policiers et contre ses propres manifestants.

En revanche, et pour finir par une note optimiste, nous avons été heureux de trouver dans Libération une excellente analyse de Dominique David (qui parmi ses nombreuses qualités, possède celle d’être professeur à l’ESM de Saint-Cyr). Il revient à juste titre sur la proposition de 2010 de Dmitri Medvedev de construire une nouvelle architecture de défense européenne. On évitera par contre les idioties de Dominique Moïsi sur la même page internet.

Source : http://www.realpolitik.tv/2014/03/republique-bananiere-dukraine-episode-6/

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