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7 juillet 2017

Sortie de l'euro : le FN prêt à un revirement spectaculaire

Sur LE FIGARO

Par Emmanuel Galiero
Mis à jour le 05/07/2017 à 19h37 | Publié le 05/07/2017 à 18h12

Les stratèges du parti jugent urgent de renoncer à la sortie de la monnaie unique après les échecs aux élections présidentielles de 2012 et 2017.

Marine Le Pen est déterminée. Elle veut «tout changer» au Front national. Ça tombe bien: son mouvement réclame, désormais à haute voix, un abandon de la sortie de l'euro, la mesure «repoussoir» de son projet économique. Le constat est clair et des décisions radicales pourraient être prises. C'est ce qu'elle a affirmé mardi dernier sur France Info: «Je crois qu'il faut vraiment tout remettre sur la table, si on veut repartir avec une grande force puissante, capable d'attirer, aussi, des gens nouveaux.» La présidente du Front national ne s'interdit plus rien, y compris un changement de nom, souvent évoqué mais jamais décidé. Pour elle, la marque Front national a fait son temps. «Elle est usée, elle ne permet pas de réunir au-delà d'elle-même (...) Parce qu'il y aura une réalité nouvelle, il faut qu'il y ait un nom nouveau.»

«Parce qu'il y aura une réalité nouvelle, il faut qu'il y ait un nom nouveau »

Marine Le Pen

Pour nourrir la grande refondation du FN dont il sera question lors d'un séminaire les 21 et 22 juillet, sept ateliers de travail ont été lancés. En coulisses, les langues se délient. À la lumière des échecs électoraux du FN, chacun fait valoir ses arguments en espérant l'imposer dans la future ligne politique qui devrait être fixée, in fine, début 2018, lors du XVIe congrès du mouvement. Avant cela, les adhérents FN seront consultés sur l'avenir du parti, «probablement au mois de septembre», selon sa présidente.

En attendant l'étape ultime, de plus en plus de frontistes, déçus par les résultats des dernières élections, sortent du bois. Après le choc provoqué par le double échec des présidentielles de 2012 et 2017, ils réclament un sursaut de la part des dirigeants du Front national et une prise de conscience urgente des effets négatifs d'une sortie de la monnaie unique érigée comme en dogme incontournable. Cette évolution, Marine Le Pen commence à l'intégrer. Toujours sur France Info elle a dit reconnaître le «caractère anxiogène» de la sortie de l'euro, «c'est un obstacle auquel nous devons réfléchir et auquel nos adhérents doivent réfléchir». De son côté, Louis Aliot, vice-président du parti et député, a tenu à rappeler mardi au «Talk Le Figaro» que sa «priorité n'a jamais été de sortir de l'euro».

«Les électeurs attendaient nos réponses sur l'immigration, l'islamisation de la société, la sécurité et l'emploi pour les Français»

Jérôme Rivière

L'ex-député UMP Jérôme Rivière, candidat malheureux aux législatives dans le Var, ne cache pas son hostilité croissante à une proposition économique qui lui a fait perdre des voix. Cette mesure fut, selon lui, l'une des plus contre-productives du projet frontiste. «La sortie de l'euro a été un terrible boulet durant la campagne. C'est un sujet technique, incompréhensible alors que les électeurs attendaient nos réponses sur l'immigration, l'islamisation de la société, la sécurité et l'emploi pour les Français. Nous devons revenir aux valeurs que l'on défend au nom de la cohérence du pays», réclame le cadre FN, membre de l'atelier «stratégie». Au FN, il est loin d'être le seul aujourd'hui à considérer que le combat contre l'euro a été une impasse lors des scrutins passés et le serait encore pour les batailles à venir.

Au sein de la commission économique du FN, qui compte quatre-vingt-treize membres, Jean-Paul Tisserand regrette le défaut de communication du parti frontiste sur la sortie de l'euro durant les dernières campagnes. Tout en restant convaincu de la pertinence économique de cette idée, il a cependant changé d'avis pour des raisons politiques. «La présidentielle a été un référendum sur cette question. Il vaut mieux prendre acte du fait que les Français n'en veulent pas. Il serait problématique que cela devienne un obstacle permanent pour le FN, il est donc inutile de s'obstiner», estime-t-il.

«La sortie de l'euro et le Frexit ont donné une vision trop angoissante. Il faut penser à l'ADN du Front avant de penser aux cellules périphériques»

Jean-Richard Sulzer

Comme lui, d'autres membres de la cellule «éco» sont convaincus que le parti ne doit plus militer sur cette question et rompre avec des mesures «anxiogènes» comme celle du Frexit, même s'ils n'écartent pas totalement la possibilité d'un effondrement de l'euro avant la prochaine présidentielle.

L'un des signes les plus manifestes de l'évolution du parti sur la sortie de l'euro est le changement de pied spectaculaire des stratèges frontistes qui l'avaient mise au point, dès 2008, alors que le FN était hostile à la monnaie unique dès sa création, en 2002. Au nom d'une analyse «pragmatique» et d'une nouvelle vision «euro-réaliste» qu'ils jugent indispensables, les deux économistes du FN, Jean-Richard Sulzer et Bernard Monot, préparent de nouvelles solutions. «La sortie de l'euro et le Frexit ont donné une vision trop angoissante. Il faut penser à l'ADN du Front avant de penser aux cellules périphériques. Et tant que l'euro survit, nous pouvons trouver d'autres marges pour récupérer une partie de notre souveraineté monétaire et financière. Il existe d'autres voies», affirme Sulzer.

Ces nouveaux axes seront présentés et défendus lors du séminaire de juillet. Pour les partisans du changement de ligne, d'autres combats pour la souveraineté sont «beaucoup plus recevables» par les Français comme la primauté des lois françaises ou le rétablissement des frontières. Durant les dernières campagnes, ils ont perçu des attentes très fortes sur le terrain en matière de sécurité, de défense des droits et d'identité nationale. À les écouter, les électeurs ne les interrogent «jamais» sur la monnaie européenne mais «souvent» sur l'immigration, l'islamisation et l'avenir de la France. En digne héritier de Marion Maréchal Le Pen, le frontiste du Sud Hervé de Lépinau estime que le FN doit penser un projet de société. «L'offensive pro-PMA-GPA pour les couples homosexuels» est, selon lui, une preuve de «crise de civilisation».

«Deux Français sur trois n'ont pas validé nos solutions, ni en 2012, ni en 2017. C'est une impasse politique»

Bernard Monot

Quand Bernard Monot, responsable de la commission «éco», concède une «faute politique collective» sur la sortie de l'euro, il regrette, lui aussi, un défaut de communication du parti sur le sujet. Mais le concepteur de la mesure veut surtout prendre acte d'un double échec. «Deux Français sur trois n'ont pas validé nos solutions, ni en 2012, ni en 2017. C'est une impasse politique. Même si nous avions raison économiquement, nous devons mettre ce projet dans un carton et proposer autre chose.» L'économiste croit que la sortie de l'euro et le Frexit ont pesé fortement sur l'échec de Marine Le Pen. «C'est bien pour cela qu'il faut changer d'axe stratégique et tactique», plaide-t-il.

Monot est partisan d'une refonte complète du FN, quitte à renouveler l'équipe entourant Marine Le Pen. Il juge «bonne» la méthode de la présidente, reposant sur sept ateliers pour traiter tous les aspects d'une transformation très attendue. Mais il souhaite des réponses «concrètes» à l'issue. En revanche, ceux qui redoutent l'enlisement du séminaire orientent leurs espoirs vers 2018 et le XVIe congrès. C'est là que les adhérents choisiront la nouvelle ligne politique du FN.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 06/07/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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