Italie : large victoire des autonomistes en Vénétie et Lombardie
Par
Esther Paolini
AFP agence Sur le FIGARO le 23/10/2017 à 14:23
Publié le 23/10/2017 à 08:36
Extraits:
Contrairement à la Catalogne, le scrutin était autorisé par Rome. Il ouvre la voie à plus d'autonomie pour ces deux régions qui comptent parmi les plus riches du pays. Un «big bang» institutionnel selon les dirigeants locaux.
Les enjeux n'étaient pas les mêmes qu'en Espagne mais les résultats sont écrasants. La Vénétie et la Lombardie ont largement voté «oui» à davantage d'autonomie dans leur région: 98% pour les premiers, 95% pour les seconds, selon des chiffres quasi-définitifs. La participation est estimée à respectivement 57% et 40%. Une nouvelle poussée régionaliste en Europe donc, bien que les organisateurs du scrutin assurent rester pleinement dans le cadre de l'unité italienne.
Le président lombard d'extrême droite, Roberto Maroni, avait indiqué qu'une participation supérieure à 34% serait un succès. En Vénétie, le scrutin n'était valide que si un pourcentage minimum de 50% de votant était dépassé. Également membre de la Ligue du Nord, Lucas Zaia, à la tête de la Vénétie, a évoqué un «big bang» institutionnel, soulignant que la volonté d'autonomie était partagée «par une population entière» et non portée par un seul parti.
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Deux régions qui produisent 30% du PIB italien
La Lombardie (10 millions d'habitants) et la Vénétie (5 millions) figurent parmi les régions les plus riches d'Italie et contribuent à hauteur de 30% au PIB du pays. Elles appartiennent aussi aux plus «vertueuses» en termes d'endettement, de dépenses publiques par habitant et de fonctionnement du système de santé.
Surtout, elles présentent à elles deux un solde fiscal, correspondant à la différence entre ce que les habitants versent en taxes et impôts et reçoivent au titre des dépenses publiques, de quelque 70 milliards d'euros.
Une somme colossale dont Roberto Maroni et Lucas Zaia entendent réclamer la moitié à Rome, parallèlement à des compétences renforcées en matière d'infrastructures, de santé ou d'éducation. Ils estiment que les fonds publics sont mal gérés par l'État central et pourraient être utilisés de manière beaucoup plus efficace, y compris via des partenariats entre régions.
Un scrutin qui pourrait ouvrir «la boîte de Pandore»
Si la Catalogne est dans toutes les têtes, «les similarités sont minimes, le sentiment indépendantiste n'étant pas très répandu» dans ces deux régions italiennes, a souligné Nicola Lupo, professeur à l'université Luiss de Rome. La Ligue du Nord elle-même a relégué aux oubliettes les velléités indépendantistes de ses jeunes années.
Mais d'après certains analystes, ce besoin d'autonomie s'appuie sur certains des ressorts ayant conduit au Brexit ou à la crise catalane, à savoir une certaine défiance vis-à-vis des États centraux et de l'Union européenne.
Selon Lorenzo Codogno, expert chez LC Macro Advisors, bien que le processus «ne menace pas l'unité du pays, cela risque d'ouvrir la boîte de Pandore et mettre en action de larges forces centrifuges en Italie». D'après lui, «il est probable que la question se diffuse et requière finalement une approche générale du gouvernement et une réforme de la Constitution», les différences entre régions risquant de devenir intenables.