Retour sur "l'affaire" Guillon
Par Emmanuel Berretta sur LE POINT

Stéphane Guillon © LARTIGE CHRISTOPH/SIPA
- Le patron de Radio France prend ses distances avec Stéphane Guillon
- Stéphane Guillon plombe le patron de Radio France
- Radio France : Denis Jeambar serait le favori de Sarkozy
- Cette lettre qui met en cause DSK
- Stéphane Guillon persiste et signe sur France Inter
Acte 1 : La colère froide de DSK
- Le 17 février, Dominique Strauss-Kahn, le président du FMI, répond à
une invitation de France Inter. Juste avant le début de l’entretien,
l’humoriste Stéphane Guillon interprète son billet d’humeur et prend
pour cible l’intérêt de DSK pour la gent féminine. Guillon ironise sur
ce thème durant plus de 4 minutes en utilisant un procédé comique
propre à la station publique. Il fait mine de lire un tract du syndicat
Sud Radio France qui invite le personnel féminin à se réfugier dans
d’autres stations du groupe dès lors que seront dépassés 5 seuils
d’alerte, dont l’ultime est une sirène qu’il fait retentir.
Puis, vient le tour de Dominique Strauss-Kahn. L’interview commence, il s’empare immédiatement du sujet : "Je vais vous parler de la crise, mais avant, je voudrais vous dire que j’ai assez peu apprécié les commentaires de votre humoriste. Les hommes politiques ou les responsables d’action publique comme moi ont le droit, et même le devoir sans doute, d’être critiqués par les humoristes. Mais l’humour, ce n’est pas drôle quand c’est principalement de la méchanceté."
Petit détail qui prendra de l’importance plus tard : DSK rencontre, ce même jour, Nicolas Sarkozy…
Cette réaction à chaud du patron du FMI va procurer une énorme
publicité à la chronique de Guillon, qui sera visionnée plus de 450.000
fois sur Internet ! Frédéric Schlesinger, le patron de France Inter,
s’excuse au nom de la station mais ajoute : "C’est une caricature, un
papier humoristique et il faut l’entendre comme tel. Il n’y a pas de
problème de mon point de vue."
ACTE II : Guillon s’attaque au physique de Martine Aubry
- Le 18 février, Stéphane Guillon fait référence à l’incident avec DSK
au début de sa chronique et révèle les pressions amicales dont il a
fait l’objet : "J’ai eu un coup de fil de la direction d’Inter pour me
demander si, dans le contexte ambiant, je pouvais lever le pied et ne
pas plaisanter sur le physique de Martine Aubry, notre invitée
d’aujourd’hui…" Moyennant quoi, il enfonce le clou et fait mine de ne
pas traiter la leader socialiste de "petit pot à tabac" pour rappeler
que nous sommes dans «l’année du buffle».
Jean-Paul Cluzel prend soin de raccompagner lui-même Martine Aubry à la sortie de Radio France.
ACTE III : Nicolas Sarkozy entre en scène
- Le 25 février : dans l’avion qui le ramène du G20, Nicolas Sarkozy
rejoint les journalistes à la queue de l’avion et se lance dans le
petit jeu des confidences. Il fait part de son courroux vis-à-vis des
chroniques de Stéphane Guillon qu’il juge "inadmissibles." Il cite deux
exemples qui l’ont scandalisé : la chronique sur DSK et celle sur
Martine Aubry.
Il en profite pour dire qu’il a en tête le nom du successeur de
Jean-Paul Cluzel, le patron de Radio France. "Un journaliste, ni de
droite, ni de gauche." Il écarte une liste de noms dont Arlette Chabot,
Jean-Marie Colombani, Laurent Joffrin…
ACTE IV : Guillon persiste et signe
- Le 3 mars, Stéphane Guillon intitule sa chronique "Enfin la
reconnaissance du Président !" L’humoriste se dit honoré du courroux
présidentiel. "J’ai du mal à l’imaginer le soir en caleçon regardant ma
chronique sur Internet…", confie-t-il à l’antenne, avant de proposer
d’envoyer à l’Élysée ses oeuvres complètes.
À l’Élysée, on râle : "Il y a des limites à l’humour."
- Le 9 mars, l’humoriste compile, dans sa chronique consacrée au voyage
de Nicolas Sarkozy au Mexique, tous les sujets qui fâchent le Château.
Il utilise le mode de la dérision pour raconter une France libérée de
la présence du chef de l’État où chacun s’adonnerait à ses penchants :
Rachida Dati libre de s’habiller en robe de soirée, Jean-Paul Cluzel
libre de se déguiser en catcheur masqué… L’humoriste revient sur les
moeurs de DSK et peint Claude Guéant, le secrétaire général de
l’Élysée, en mouchard rapportant tout à Nicolas Sarkozy…
Acte V : Jean-Paul Cluzel prend ses distances avec Guillon
Jean-Paul Cluzel s’explique dans un entretien au Figaro. "Dans impertinence, il y a pertinence.
Quand la pertinence manque à l’impertinence, le rire ne fait plus rire,
déclare-t-il dans les colonnes du quotidien. Je ne voudrais pas que
cela arrive à Stéphane Guillon, qui a par ailleurs du talent (...) Je
ne suis pas heureux quand une personne est blessée."
Stéphane Guillon s’en tire donc avec une très légère tape sur les
doigts tant le patron du groupe public reste attaché à l’humour perçu
comme une "veille tradition" de Radio France. Sans les nommer,
Jean-Paul Cluzel fait allusion au Tribunal des flagrants délires, autrefois animé par Claude Villers, Pierre Desproges, Luis Régo...
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