Jean-Noël Guérini doit être mis en examen
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Le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, est convoqué le 8 septembre par les juges d'instruction marseillais Charles Duchaine et Pierre Philipon. D'après le réquisitoire supplétif du 12 août du procureur de Marseille, le sénateur PS est soupçonné d'«association de malfaiteurs en vue de commettre un trafic d'influence», de «prise illégale d'intérêt» et de «trafic d'influence».
Ouverte en avril 2009 suite à la réception d'une lettre anonyme, l'information judiciaire cible des malversations dans l'attribution de marchés publics par des collectivités locales de gauche dans le département, notamment à la communauté urbaine de Marseille.
Patron de plusieurs décharges et d'un myriade de sociétés, le frère de Jean-Noël, Alexandre Guérini, a été mis en examen et écroué début décembre 2010 pour abus de biens sociaux, détournement de fonds et de biens publics, recel, corruption active, trafic d’influence et détention de munitions.
Il a été remis en liberté en mai 2011, puis mis en examen du chef supplémentaire de blanchiment, les enquêteurs pointant des relations économiques avec plusieurs entreprises liées au grand banditisme.
Quelque 13 millions d'euros ont ainsi été saisis depuis plusieurs mois sur des comptes luxembourgeois et suisses contrôlés par Alexandre Guérini, et le ministère suisse a également ouvert en décembre 2010 une instruction pénale contre l'entrepreneur marseillais, pour soupçons de blanchiment d'argent.
Mais Jean-Noël Guérini était jusqu'ici passé entre les gouttes d'eau, répétant ad nauseam que «Lui c'est lui, moi c'est moi».
- «Association de malfaiteurs»
Dans une ordonnance du 5 août, le procureur de Marseille écrit ainsi, selon Le Point, que le président du conseil général des Bouches-du-Rhône aurait «toléré les immixtions sans titre de son frère Alexandre dans le règlement d'affaires relevant de la compétence du département à des fins de clientélisme servant leurs intérêts communs».
Les nombreuses écoutes menées par les gendarmes ont en effet montré que son frère, simple militant socialiste sans mandat, n'hésitait pas à décrocher son téléphone pour solliciter, auprès des institutions locales gérées par la gauche, et notamment du conseil général, logements, emplois, subventions voire le déplacement d'un fonctionnaire gênant.
D'où une éventuelle mise en examen pour «association de malfaiteur en vue de trafic d'influence».
- «Prise illégale d'intérêt»
Le réquisitoire supplétif du procureur de la République vise également les conditions d'attribution et d'exploitation de la décharge du Mentaure à La Ciotat, gérée par une société d'Alexandre Guérini, la SMA Environnement.
Le 22 novembre 2004, la commission permanente du Conseil général avait préempté un terrain annexe à la décharge au nom de la «préservation (...) des milieux naturels», tout en votant le même jour une subvention de 2,5 millions d'euros pour agrandir la décharge sur cette même parcelle. Le département avait ensuite organisé la cession de ce terrain à la communauté d'agglomération d'Aubagne qui avait agrandi la décharge au profit de la SMA Environnement.
Au passage, la SMA Environnement a fait travailler plusieurs entreprises proches du grand banditisme sur ce chantier et les juges soupçonnent des surfacturations au détriment de l'argent public.
Ce dossier du Mentaure explique l'éventuelle prise illégale d'intérêt reprochée à Jean-Noël Guérini. Jusqu'ici, l'élu a toujours répondu avoir agi «à la demande du préfet» de l'époque, un certain Christian Frémont, aujourd'hui directeur de cabinet du président de la République.
- «Trafic d'influence»
C'est une autre histoire de décharge, celle-ci à La Fare-Les-Oliviers et exploitée par une autre société d'Alexandre Guérini, qui pourrait, d'après France-3, justifier une éventuelle poursuite pour trafic d'influence envers le président du Conseil général.
Jean-Noël Guérini aurait fait pression en septembre 2009 sur l'agglopole de Provence (PS) dans un conflit opposant son frère et l'Agglopole Provence. Alexandre Guérini souhaitait obtenir une baisse de la redevance pour l'exploitation de la décharge de La Fare.
D'après les écoutes menées par les gendarmes, Alexandre Guérini avait appelé son frère le 10 septembre 2009, lui laissant ce message : «Je sais que tu reçois Thonon (président de l'Agglopole Provence) avec Serge (Andréoni, sénateur-maire de Berre-l'Etang) en fin de matinée, (...) tu prends Serge à part deux secondes et tu lui dis : règle ce problème avec mon frère.» En début d'après-midi, Jean-Noël Guérini l'avait rappelé, laissant un bref message : «Bon, ben ça y est, je l'ai vu. Il m'a dit que c'était réglé, voilà ce qu'il m'a dit.»
Dans ce dossier, les juges ont aussi convoqué le sénateur PS Serge Andréoni le 14 septembre.
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