Les Cévennes disent non au FN
l'Humanité
Cuisine, vendredi 27 avril 2012
Isabelle Jouve
Alors que le Gard est le seul département où le Front national arrive en tête, aucun électeur de
Bonnevaux n'a voté pour lui.
Correspondance.
Le petit village de Bonnevaux est sous le feu des projecteurs. Mais qu'a donc fait ce bourg cévenol
pour mériter tant d'égards ? Une chose si simple et pourtant extraordinaire : il a donné zéro voix au
Front national. Personne n'a voté pour Marine Le Pen. On s'interroge, on observe, on rêve de
découvrir là, conservées au fond de quelque marmite secrète, sur des braises dormantes de la
guerre des camisards, qui sait, la recette miracle.
Non, Bonnevaux, c'est une centaine d'habitants à l'année (180 en comptant les résidences
secondaires), 94 inscrits sur les listes électorales et 73 votants pour le premier tour de la
présidentielle de 2012. Pas matière à théoriser. On regarde alentour, les villages du même canton.
Aujac, le plus proche voisin : Le Pen, 38 voix sur 152. Mais, La Vernarède, dans la vallée d'à côté, 17 %
pour le FN, bon, et 43,2 % pour le Front de gauche, tiens ?
On élargit encore le zoom, et là, peut-être que quelque chose se dessine. Les Cévennes sont
géographiquement et historiquement divisées en deux : le plateau lozérien, catholique de droite
(Bonnevaux est à la limite de cette zone), et les vallées cévenoles gardoises et sud-lozériennes,
protestantes de gauche. S'il est vrai que la carte d'implantation du FN dans le Gard suit les contours
de la carte de la précarité, pour autant, ici ou là, des villages sortent du lot. Dans les basses Cévennes,
donc, on note Bonnevaux (FN : 0 %, Fdg: 20 %), Saint-Martin-de-Boubaux - au bout du monde !
(Mélenchon 52,4 %, Le Pen 8,28 %). À Soudorgues aussi, Mélenchon arrive en tête (30 %) et le FN
fait 10 %. Quant à Cendras, petite commune avec un pied en Cévennes et l'autre dans le bassin
minier alésien, le FN est en baisse constante depuis 1995 et le FdG fait 31,6 %.
Les Cévenols sont culturellement trop modestes pour chercher à donner des leçons à quiconque. Et
dans cette zone si particulière, toute tentative de généralité est une erreur. Mais, localement, des
enseignements sont peut-être à tirer d'expérimentations de la démocratie directe participative, du
temps donné au temps indispensable au fonctionnement démocratique, d'une autre approche de
l'homme, de son respect en lien avec celui de l'environnement. Bonnevaux, comme en témoigne
Marlène, une enfant du pays, « ce fut un haut lieu de l'arrivée massive de néoruraux, dans les
années 1970-1980. Aujourd'hui, ceux qui sont restés sont bien intégrés ». Ce que confirme la
mairesse, Roseline Boussac, parisienne d'origine : « Il restait une quarantaine d'habitants quand les
néoruraux sont arrivés. Ils sont principalement agriculteurs bio ou éleveurs (de moutons et chèvres).
»