Ségolène Royal et le socialisme dilué
La leader
socialiste prend les haies les unes après les autres. Avec sa probable
réélection à la tête de la région Poitou-Charentes, le soir du second
tour pourrait être le début de l'offensive présidentielle pour faire
imploser tout retour sur des bases traditionnelles à un moment où le
socialisme est plus dilué que jamais.
Depuis
l'avènement de la Vème République en 1958, la vie politique nationale a
été marquée par un affrontement permanent parfois rude entre les
tenants de deux types de sociétés.
Une logique de bipolarisation prévalait. En 1981, la Gauche a gagné les
élections présidentielles et législatives sur la base d'un programme
socialiste "pur et dur".
En 1986, la Droite a remporté les élections législatives en jouant à
fond la carte du libéralisme et de la responsabilité individuelle.
Aujourd'hui, à l'évidence, les données ne sont plus les mêmes.
Le débat politique national se déroule dans une atmosphère quelque peu
surréaliste qui déconcerte les citoyens, décourage les militants et
démobilise les électeurs.
Les idéologies au sens noble du terme s'avancent désormais en tenue camouflée.
Le socialisme, fortement ébranlé par les difficultés rencontrées au
début du premier mandat de François Mitterrand avant le tournant de la
rigueur s'est refait une virginité sous le couvert du pragmatisme.
Le libéralisme n'ose plus afficher ses belles convictions d'hier car la crise économique de 2008 est passée par là.
La quête obsessionnelle du consensus tient lieu de credo politique
en se déguisant de plus en plus souvent sous les habits de l'ouverture
actuellement.
Les auteurs d'opinions trop tranchées sont irrémédiablement classés
dans la catégorie peu reluisante des sectaires, des intolérants ou des
rétrogrades.
Selon l'expression de Nietzsche, il semblerait que "chacun cache ses opinions ou bien se cache derrière elles".
Dans le même temps, les partis politiques doivent faire face à une crise majeure.
Surpris et désemparés, ils consacrent le peu d'énergie qui leur reste à
étaler publiquement les états d'âme des courants - souvent
artificiellement créés - qui les traversent et les ambitions, déclarées
ou non, des candidats potentiels à la prochaine élection présidentielle.
Comment s'étonner, dès lors, de la méfiance grandissante des citoyens à
l'égard de la classe politique et parallèlement, de la désaffection
inquiétante des électeurs pour les consultations nationales ou locales?
Une question se pose : cette situation nouvelle, marquée par le
bouillonnement des propositions et la confusion des comportements,
est-elle le résultat d'une crise provisoire ou bien annonce-t-elle de
façon irréversible un changement de nature de notre système
démocratique dont la fonction des partis politiques ?
La réponse doit être nuancée tant il apparaît qu'une grande diversité de causes explique une telle évolution.
Le premier élément est d'ordre philosophique et a une portée planétaire : la progression de "l'économie généralisée".
Des emprunts sont faits au système socialiste et au système capitaliste
afin d'aboutir à une économie fondamentale qui tend à généraliser les
moyens plutôt que les fins. Cette approche rend de moins en moins
pertinent l'affrontement des logiques économiques qui a prévalu au
XXème siècle.
Mais surtout, quand on examine de façon détaillée les propositions de
Ségolène Royal, elle pourrait être la première à formuler une nouvelle
forme de consensus. En 1988, François Mitterrand avait construit
l'union nationale sur le ni ni.
En 2010, Ségolène Royal pourrait la bâtir sur le "et de droite et de gauche".
Cette logique nouvelle d'une "dialectique de l'ajout" se prête à
l'ambiance du moment qui reproche au Président en exercice de diviser,
de soustraire.
Libérée du souci régional, la soirée du second tour promet d'être un temps fort politique majeur.