Par @Linformatrice, journaliste et femme rabbin.

En tant que juive séfarade (dont les ancêtres sont originaires d'Espagne), je me suis intéressée très tôt à mes origines « israélites », cherchant à savoir comment « le peuple hébreu » s'était formé au cours de l'histoire et quel était son foyer originel. C'est donc tout tout naturellement que je me suis spécialisée en histoire et en théologie.
Au cours de mes travaux de recherche, je suis allée de surprise en surprise pour arriver très vite à une conclusion évidente, incontestable : les Israélites étaient d'ascendance égyptienne et étaient ethniquement proches de ceux qui prétendent aujourd'hui en être les descendants directs, à savoir les Falashas (lesquels refusent d'ailleurs ce terme au profit de celui "des gens de la maison d'Israël").

PREMIER ENSEIGNEMENT : les Juifs ashkénazes et séfarades ne sont pas d'origine israélite
Beaucoup de gens pensent que les Juifs qu'ils rencontrent dans la rue avec une kippa sur la tête ou avec des papillotes seraient les descendants directs des Hébreux dont l'histoire est relatée dans la Thora. Rien n'est pourtant plus éloigné de la vérité.
Les Israélites historiques n'ont aucun lien ethnique avec les juifs ashkénazes et séfarades qui sont à l'origine des populations euro-caucasiennes (avec une partie issue du Maghreb) converties au judaïsme durant la période antique et moyenâgeuse (je ferai un autre billet sur le sujet).
En effet quiconque consulte la Thora s'aperçoit que ces deux communautés n'y sont pas mentionnées. Le nom d'Aschkénaz y est certes cité, mais c'est pour dire qu'il descend de Japhet, fils de Noé et frère de Sem (ancêtre supposé des sémites) et Cham (Genèse 10, versets 1 à 3). Aschkénaz n'est donc pas un sémite, mais un japhétite!
Quant au mot « séfarade » il désigne en hébreu la péninsule ibérique, et plus particulièrement l'Espagne, où vivait la plus grande communauté juive de l'Europe occidentale ! Il n'y a donc par conséquent aucun rapport avec les Israélites mentionnées dans la Thora.
Enfin la quasi totalité des Juifs séfarades et ashkénazes sont incapables de dire à quelle des douze tribus ils appartiennent ni même d'établir une généalogie crédible.

DEUXIEME ENSEIGNEMENT : Les Israélites de la Thora n'étaient pas originaires de la Mésopotamie et n'étaient pas un peuple sémite.

1/ L'hypothétique origine mésopotamienne
Selon la Thora, les Hébreux, ancêtres des Israélites (dont la plus grande figure est le grand Prophète Abraham) seraient originaires de la Mésopotamie. C'est ainsi que l'on peut lire dans le Livre de Josué au chapitre 24, verset 2: « Alors Josué dit à tous : voici ce que déclare le Seigneur, Dieu d’Israël : autrefois, vos ancêtres étaient établis de l’autre côté de l’Euphrate, le grand fleuve, et ils adoraient des dieux étrangers. C’était la famille de Téra, le père d’Abraham et de Nahor. J’ai fait sortir votre ancêtre Abraham du pays situé de l’autre côté de l’Euphrate; je l’ai conduit à travers tout le pays de Canaan et je lui ai accordé une nombreuse descendance ».
Cette affirmation biblique est assurément un ajout postérieur qu'il faut totalement relativiser, sinon écarter. Car à ce jour aucune source historique ni archéologique n'est venue corroborer la présence d'un peuple hébreu ayant vécu originellement en Mésopotamie et qui aurait émigré par la suite vers le pays de Canaan. Même les historiens et archéologues juifs, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, connus pour leurs fouilles, ont écarté cette piste dans leur célèbre ouvrage « La Bible dévoilée ».

2/ L'hypothétique origine sémitique.
Quand on parle des Israélites bibliques, tout le monde ou presque en convient pour dire que c'était un peuple sémite. Or cette affirmation ne repose sur rien de solide. La Thora nous montre très clairement que ces derniers étaient davantage un peuple chamite (descendant de Cham) que sémite (descendant de Sem) selon la classification qu'elle opère. Je m'en vais étayer mon assertion par deux exemples précis.

1° La Thora dit que Jacob (le sémite) et sa maisonnée étaient au nombre de 70 quand ils allèrent rejoindre Joseph son fils, qui était devenu un personnage important, en Égypte pour échapper à la famine qui sévissait en Canaan où ils étaient installés (Genèse 46, versets 26 à 27).
Dans Exode, chapitre 1, il est également dit que les descendants de Jacob se multiplièrent après lui, au point de devenir un peuple nombreux et puissant (verset 7) suscitant l'inquiétude des dirigeants égyptiens (verset 8).
La question que l'on doit ici logiquement se poser, c'est comment un minuscule groupe composé de 70 sémites (si tant est qu'ils l'étaient tous) a pu vivre en vase clos sur le territoire égyptien (territoire chamite, puisque selon la Thora Mistraïm qui désigne l'Égypte était un des quatre fils de Cham, Genèse 10, verset 6 ) sans se mélanger à la population autochtone, au point de constituer un peuple nombreux et puissant au sein même de la nation égyptienne ? Cela est très peu probable. D'autant qu'aucune source égyptienne, ancienne ou archéologique ne vient confirmer un tel fait historique. La seule explication valable et rationnelle est que ce groupe s'est fondu dans la masse égyptienne et que les Israélites n'étaient ni plus ni moins que des Égyptiens, c'est-à-dire des chamites et non des sémites.
Au passage la Thora nous apprend que Joseph épousa la fille d'un prête égyptien, Asnath, qui lui donna deux enfants, Manassé et Ephraïm qui donnèrent leurs noms à deux tribus d'Israël (Genèse 41, versets 50 à 52).

2° La Thora nous apprend également que les Israélites, une fois sortis d'Égypte, allèrent s'installer dans la région de Canaan, territoire chamite (Canaan est un autre fils de Cham) et se mélangèrent avec les populations locales (ex : Juges 1, verset 1). Comment cela aurait pu en être autrement ?

Conclusion : si on part du principe que les israélites, descendants de 70 immigrés sémites, se constituèrent et vécurent exclusivement en terre chamite, l'Égypte (quatre siècles de présence selon la Thora) et Canaan (où ils formèrent un royaume) qui peut encore croire qu'ils demeurèrent des sémites ? La réalité est donc que ces derniers étaient des chamites, mélange d'égyptiens et de cananéens. Les prochains développements vont d'ailleurs le confirmer.

TROISIEME ENSEIGNEMENT : Les Israélites étaient d'origine égyptienne

1/ Des origines égyptiennes attestées par les auteurs anciens
Les origines égyptiennes des Israélites sont attestées par de nombreuses sources anciennes, notamment grecques.
D'après Diodore de Sicile, grand historien grec de l'Antiquité : « Les Colchidiens du Pont et les Juifs, placés entre l'Arabie et la Syrie, descendent aussi de colons égyptiens. C'est ce qui explique l'usage qui existe depuis longtemps chez ces peuples de circoncire les enfants; cet usage est importé de l'Égypte ». Histoire Universelle, Livre I, paragraphe XXVIII.
Les propos de l'historien sont confirmés par un autre historien grec connu, Strabon. Voici son
témoignage: « (...) Mais, malgré la présence de ces éléments étrangers, ce qui se dégage de plus
certain de l'ensemble des traditions relatives au temple de Hiérosolyme (Jérusalem), c'est que les
Égyptiens sont les ancêtres directs des Juifs actuels. Géographie, Livre XVI, chapitre II,
paragraphes 34.
Par conséquent, le récit d'un peuple hébro-israélite réduit en esclavage pendant quatre siècles et qui réussit à quitter la terre égyptienne par le biais d'un exode massif ne correspond à aucune espèce de réalité historique. Et ce pour deux raisons :

1° Pas de peuple hébro-israélite esclave
L'Egypte antique n'a jamais connu le système de l'esclavage comme l'attestent d'éminents égyptologues. C'est ainsi que Bernadette Menu qui s'est spécialisée sur cette question est catégorique : « La question de l'esclavage dans l'Égypte pharaonique doit être entièrement revue à la lumière de sources élargies : d'une part, l'analyse du discours et de l'iconographie royaux officiels nous permet de mieux appréhender le sort des captifs de guerre ; d'autre part, la réinsertion, dans leur contexte d'archives, de documents juridiques présentés jusqu'à maintenant comme des ventes d'esclaves ou des ventes de soi-même comme esclave, nous autorise à interpréter ces conventions comme des transactions sur le travail salarié. Il résulte de cet examen que les dépendants (hemou, bakou) sont des hommes libres, intégrés dans les rouages politico-économiques de l'État, jouissant d'une mobilité à la fois géographique et statutaire, et disposant des mêmes droits et des mêmes devoirs que l'ensemble de la population » (La question de l'esclavage dans l'Egypte pharaonique, Révue Droit et Cultures, 2000, n°39, pages 59-79).
Au demeurant des nombreuses découvertes archéologiques, notamment des baraquements d'ouvriers au temps des pharaons Khéphren et Mykérinos, sont venues conforter cette affirmation de travailleurs libres et respectés.

2° Pas d'exode massif
L'exode massif d'une population anciennement esclave et représentant une part importante de la société égyptienne se serait traduit, en toute hypothèse, par un effondrement à la fois économique et démographique de la civilisation pharaonique. Et surtout cela aurait été mentionné dans les sources anciennes y compris égyptiennes. Ce qui n'a pas été le cas. De plus aucune découverte archéologique à ce jour n'est venue étayer un tel scénario.
Autre chose qui montre le caractère peu crédible de ce fameux exode, c'est le fait que les Hébreux auraient fui l'Egypte pour aller s'installer en pays de Canaan qui était à cette époque une province égyptienne!

3/ Des continuateurs du culte monothéiste d'Aton
La vérité est donc que les Israélites sont une fraction de la population égyptienne qui après la mort du pharaon Akhenaton – qui avait institué le culte du Dieu unique Aton – et la mise à sac de sa cité d'Akhetaton, quittèrent la cité-mère pour aller s'installer dans la province égyptienne de Canaan pour aller y perpétuer le culte atonien, avec à leur tête un prête, Moïse.
Cela est confirmé par Strabon : « Ce fut Moïse, en effet, prêtre égyptien, qui, après avoir été préposé au gouvernement d'une partie de la basse Egypte, voulut, par dégoût de l'ordre de choses établi, sortir d'Egypte, et qui emmena à sa suite en Judée tout un peuple attaché comme lui au culte du vrai Dieu ». Livre XVI, chapitre II, paragraphe 35.
Il est à noter que la Judée se trouvait en territoire cananéen.

L'Ancien Testament et le Nouveau Testament confirment également l'origine égyptienne des Israélites. C'est ainsi que la Thora établit clairement le lien qui unit les Israélites à leur patrie originelle : « Bénis soient l'Égypte, mon peuple, et l'Assyrie que j'ai bâtie de mes mains et Israël mon héritage » (Esaïe 19/25). Dans ce verset Dieu désigne l'Égypte comme étant son peuple et Israël son héritage. Le lien de continuité entre les deux nations apparaît évident.
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