Les Suisses ont de la chance d'avoir encore de grands journalistes dignes de ce titre. Et qui ne sont pas obligés de se vendre ou de se taire pour avoir encore la possibilité d'exercer leur métier...
Il semble qu'hormis les presses suisses (sauf exception) il y en a peu - en "UE" - qui parlent de cet interview... Alors parlons des presses des Suisses
Jocegaly

 

Le président russe Vladimir Poutine a confié à Darius Rochebin "ne pas espérer une guerre en Europe", qu'il aimerait voir plus "indépendante".

 

 

Echos sur les presses

 

 Sur MSN

"L'Europe manque d'indépendance face aux Etats-Unis", tacle Poutine

 

poutine
© Fournis par BFMNews

 

Le président russe Vladimir Poutine déplore le manque d'"indépendance" de l'Europe à l'égard des Etats-Unis, dans un entretien à la Radio-télévision suisse, mis en ligne lundi sur son site internet.

Interrogé sur l'éventualité d'une nouvelle guerre en Europe, le président russe a répondu: "J'espère que non, mais on aimerait voir l'Europe manifester davantage son indépendance et sa souveraineté". Concernant la France, et ses liens avec l'Otan, il a ajouté que "si, pour discuter des affaires intérieures avec nos partenaires européens, nous devons aller à Washington, c'est un peu curieux".

Dans cette interview accordée à la RTS samedi dernier à Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine critique le rôle joué par les Etats-Unis dans la course aux armements, mais aussi leur action contre la Fifa qu'il juge "inacceptable". "La relance" de la course aux armements "est due aux Etats-Unis, elle date de la sortie unilatérale des Etats-Unis du traité anti-missiles balistiques. Ce traité était la pierre angulaire de tout le système de sécurité international", a-t-il accusé.

 

Le scandale de la Fifa pointé du doigt

Concernant le scandale qui éclabousse la Fifa, déclenché par les Etats-Unis, Vladimir Poutine accuse Washington d'avoir agi pour ses propres intérêts. "Les Etats-Unis, je crois savoir, étaient candidats pour accueillir la Coupe du Monde en 2022. Leurs plus proches alliés en Europe, la Grande-Bretagne, étaient candidats pour 2018. Et cette lutte contre la corruption telle qu'elle est conduite m'amène à me demander si ce n'est pas une continuité de la lutte pour le championnat de 2018 et de 2022", a-t-il lancé.

"En aucun cas, un pays, grand ou petit, ne peut se déplacer dans le monde et attraper qui bon lui semble et le ramener dans ses prisons", a-t-il ajouté. Sept hauts fonctionnaires de la FIFA ont été interpellés en mai dernier à Zurich, et placés en détention, à la demande des Etats-Unis, qui ont ouvert une procédure judiciaire contre eux, les soupçonnant de corruption.

Enfin, interrogé sur la montée de partis d'extrême-droite en Europe, dont certains leaders soutiennent sa politique, Vladimir Poutine a répondu: "Dans le monde et dans les pays européens, on observe des changements tectoniques dans l'opinion publique. Et cela dans le sens d'une défense accrue des intérêts nationaux".

 

 

Sur LE MATIN (CH)

«L’Élysée était plus enquiquinant»
Darius Rochebin a interviewé le président russe. Il raconte les coulisses de cette rencontre qui déplaît à certains.

Extrait: ..."le journaliste obtient 30 minutes. «Il s’est montré très courtois, ponctuel et souriant, alors que l’on dit qu’il fait attendre longtemps ses interlocuteurs et qu’il est glaçant.» Les chants russes traditionnels filtrent de la pièce d’à côté pendant que Vladimir Poutine parle de la défense de la Russie. «Ce regard bleu et ce fond sonore… Vous êtes dans l’ambiance!» commente-t-il.

Alors mission accomplie? «Les chefs d’Etat constituent une catégorie à part. Leur parole est tellement contrôlée! Mais, au milieu de la langue de bois, il y a toujours des moments de vérité qui apparaissent. On le sent ici à travers sa sympathie envers les partis antieuropéens, comme l’UDC ou certaines formations en Angleterre.»

Poutine a droit à la parole

Quant aux critiques qui l’accusent de faire de la publicité à une personnalité infréquentable, il répond: «C'est dans la logique même du journalisme que de poser des questions aussi pertinentes que possible à des personnes aussi bien d’extrême gauche que d’extrême droite. La semaine dernière, nous avions Charles Adams, représentant de Barack Obama, qui exprimait une opinion contraire.»"...

 

Sur BILAN.CH

Darius Rochebin, l’art des exclus mondiales

27 Juillet 2015
Par Dino Auciello et Myret Zaki Sepp Blatter, Hervé Falciani, Julian Assange, Edward Snowden: le journaliste de la RTS explique sa stratégie pour réussir à décrocher les interviews qui comptent.

Le moteur de Darius Rochebin: connaître ses invités dans leurs facettes à la fois claires et obscures. 

Médias

Darius Rochebin multiplie les «coups» journalistiques. Le présentateur du téléjournal et de l’émission Pardonnez-moi sur la RTS s’est fait une spécialité de décrocher des interviews avec des personnalités de premier ordre ou faisant la une de l’actualité.

Fin mai, il a recueilli les confidences de Sepp Blatter au lendemain de sa réélection à la tête de la FIFA, en pleine controverse au sujet de l’organisation. En mars, il a interviewé coup sur coup le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, et l’ancien agent de la NSA Edward Snowden. En février, on lui devait encore des révélations d’Hervé Falciani, l’ex-informaticien de HSBC, en pleine affaire SwissLeaks. C’est aussi lui qui, en 2012, avait obtenu l’interview de Roman Polanski, alors que la Suisse avait refusé d’extrader le cinéaste franco-polonais vers les Etats-Unis.

Mais Darius Rochebin, hors caméra, conserve toujours cette voix extrêmement calme, parfaitement posée, qu’il attribue à son «orgueil de ne pas vouloir montrer qu’il est stressé», placidité agrémentée d’un sourire en coin et d’une étincelle de malice dans le regard.

Ce visage de la RTS, que les études de notoriété classent parmi les plus connus des Romands, expérimente lui-même les dédales de la célébrité. Non seulement elle ne lui pose, à lui, aucun problème au quotidien, assure-t-il, mais il aime plus que tout convaincre des célébrités qui se trouvent au centre de l’actualité de venir sur son plateau en exclusivité mondiale.

 

Un travail de longue haleine

Pourtant, il n’y a là rien de facile, ni de gratifiant au départ. C’est un travail de très longue haleine, explique-t-il: «La durée compte beaucoup. Le fait de connaître ces personnes de longue date permet, au moment opportun, d’avoir suffisamment leur confiance pour les amener à venir.» Il avait, par exemple, interviewé Sepp Blatter à plusieurs reprises avant cette année. Il s’était rendu plusieurs week-ends à Gstaad pour rencontrer Polanski, même pour quelques minutes. Pour nombre de ces personnalités, il a fallu anticiper, préparer le terrain, leur consacrer du temps.

Dans le cas de l’interview de François Hollande lors de sa venue en Suisse, il évoque la longue négociation qu’il a menée, obtenant d’abord l’autorisation pour une seule caméra, puis une deuxième, puis une troisième… La persévérance paie. Certes, il admet qu’un média comme la RTS dispose d’une assez bonne marge de manœuvre. Mais face à ces personnalités sursollicitées par les médias internationaux, il souligne, avec un peu d’autodérision, qu’il a aussi fallu son «acharnement un peu pathologique» à les obtenir.

Aujourd’hui, peu de gens dans le métier sont prêts à sacrifier leurs congés, à attendre des heures pour décrocher un grand moment de journalisme, observe-t-il: «Des jeunes qui ont en théorie envie de faire des reportages qui marquent leur temps ne veulent pas sacrifier leurs week-ends.»

Son moteur à lui est le désir de connaître cet invité dans ses facettes à la fois claires et obscures, au-delà des caricatures qu’en fait l’opinion publique. Reflet de la vision même de Darius Rochebin, tout en nuances. «Hervé Falciani, par exemple, même s’il est controversé, brouillon, incertain, étrange ou enfumeur, est quelqu’un qui en même temps a fait preuve d’un courage hors normes et qui comptera dans l’histoire fiscale de l’Europe.»

Et tandis que Snowden l’a beaucoup impressionné par son intelligence, il est resté aussi bluffé que méfiant. Un contact avec Ariel Sharon lui avait révélé un homme brutal, nationaliste, mais aussi mélomane et antireligieux. Une mosaïque de paradoxes, qu’il aime saisir.

«Cela est plus intéressant que de décréter qu’un tel est un méchant ou un gentil», résume-t-il. Darius Rochebin évoque le journalisme «racinien», orienté sur la vérité, la réalité, les nuances, par opposition au journalisme «cornélien», qui veut classer le monde en «héros» ou en «salauds».

Les faits, rien que les faits

Et l’opinion, la prise de position ne lui manquent-elles pas? L’homme du TJ en relativise l’importance. Pour lui, les faits sont plus forts, et en être le messager et le témoin lui convient. Un reportage bien documenté, ou une image, peut changer l’opinion en la rendant plus proche de la vérité. «Voir l’état de délabrement de l’Union soviétique m’avait fait davantage changer d’avis que des dizaines de livres et d’éditos sur le sujet», note-t-il.

De fait, le TJ ne prétend pas être un faiseur d’opinion. Darius Rochebin tient beaucoup à cette impartialité. Révéler les faits, de manière concise, objective, est son rôle. Le résultat doit être équilibré, et ne surtout pas donner de leçons, dit-il. Même l’audace doit être dosée, chaque mot mesuré. Il y a toujours le risque du «mot de trop».

Le téléjournal a-t-il un avenir, sachant que ce sont davantage des quinquagénaires que des trentenaires qui le regardent? Pour Darius Rochebin, le TJ garde sa fonction de synthétiser l’actualité de la journée: cette «grand-messe» du soir reste plébiscitée par un taux d’audience de 55%. En outre, les extraits du TJ sont «consommables sur internet», au travers des capsules vidéo tirées de rts.ch qui sont visionnées et postées sur les réseaux.

La RTS a cette chance, estime Darius Rochebin, de ne pas être soupçonnée, comme les télévisions d’autres pays, d’être proche d’un pouvoir quelconque ou d’intérêts particuliers. La culture égalitaire de la Suisse lui plaît davantage que le culte du pouvoir en France, même si elle offre moins d’intensité. Cette intensité, justement, qu’il a l’art d’apporter.