09h16 le neuf-quinze
Interrogatoire de routine
Par Daniel Schneidermann le 27/04/2012

Ce ne sont plus des interviews, ce n'est plus une campagne, c'est un interrogatoire de police, dans un commissariat de quartier, par des policiers qui soupirent en attendant le week-end, face à une petite terreur de cage d'escalier qui, perdu pour perdu, s'enfonce toute seule. Ils en ont vu, dans leur carrière, les interrogateurs. Mais on les dirait toujours surpris de découvrir les clients, même les durs, plus bêtes que méchants.

Même Pujadas, à qui l'unissent tant de sympathiques souvenirs, tant de complices interviews à l'Elysée, qui aimerait le sauver de la noyade totale, lui tendre la main, même Pujadas ne peut plus rien pour lui. Donc, Nicolas Sarkozy, vous avez parlé du vrai travail. Ah non, je n'ai jamais parlé du vrai travail. (Soupir rentré des interrogateurs). Pas de chance: les images existent, vous avez été chopé par la vidéosurveillance. Vous voulez les revoir ? Allons y. Donc, vous avez parlé du vrai travail, puis nié avoir parlé du vrai travail. Oui, c'est vrai. J'ai eu tort. Je me suis mal exprimé. Je voulais dire autre chose. C'est comme Fukushima (re-soupir. Encore Fukushima !) Vous avez dit être allé à Fukushima. Vous l'avez répété plusieurs fois. Allez, Marcel, balance la vidéo. Et encore, on va à l'essentiel, on ne vous passe pas le montage complet, on se contente d'une fois. Bon, c'est vrai, je n'y suis pas allé, à Fukushima. Je suis allé au Japon, parler de Fukushima. Et tout ça, ce nouveau salmigondis de menaces et d'aveux, une fois de plus, devant la videosurveillance. Et l'on parle là, comme on dit, du président de la cinquième puissance mondiale.

Quelle étrange chose, un emballement médiatico-politique de fin de campagne. On aurait pu imaginer qu'il tombe sur son bilan de président des riches, sur le bouclier fiscal, sur le chômage. On aurait pu imaginer qu'il tombe sur