Face à la crise, un front de gauche pour défendre le modèle français
INTERVENTION DE GEORGES SARRE
(Pot départemental parisien de reprise des cartes au MRC, le 10 février 2009 )
(...) Nous nous réunissons dans un contexte inquiétant, et motivant.
Inquiétant, parce que la crise est terrible. Bien pire qu’on ne nous
l’avoue. Entre le début de cette rencontre, ce soir, et le moment où
nous nous quitterons, l’économie française aura fabriqué 200 chômeurs !
Entre notre réveil ce matin, et notre réveil demain matin, l’économie
française aura fabriqué 1600 chômeurs ! A ce rythme là, nous aurons 1
Million de chômeurs de plus dans moins de deux ans, et rien ne permet
d’affirmer que la crise ne durera pas deux ans ou plus.
Oui, cela est inquiétant. La crise
n’est pas seulement financière, elle est économique et sociale.
Chômage, pouvoir d’achat en chute libre, et des protections sociales
ébranlées depuis des années par les politiques libérales, voilà le sort
que l’on réserve à nos concitoyens. Mais il paraît que c’est moderne,
et que le plein emploi, le pouvoir d’achat et la protection sociale
sont archaïques !
Inquiétante, la période que nous
traversons l’est aussi au-delà de la crise. On peut se demander si,
finalement, ce n’est pas la France dans sa spécificité qui va être
coulée. Non pas parce que notre modèle serait plus sensible à la crise
: bien au contraire, les services publics et les protections qui nous
restent sont, de l’avis unanime, des amortisseurs de crise. Et
j’ajouterais, il pourraient être des leviers de rebond. Mais parce que
nos élites financières, médiatiques et politiques n’ont rien perdu de
leur volonté principale : faire disparaître la France, en faire une
sorte d’Oregon, de Virginie... Bien sûr, l’hexagone ne disparaîtra pas.
Ni les habitants (même si la misère pousse et poussera toujours
davantage aux suicides…). Même pas les fromages ni le folklore. Mais la
Nation républicaine, sa langue magnifique, sa culture historique, sa
mentalité, sa souveraineté, son modèle social, sa volonté et sa
capacité à parler au monde.
Tout converge. Ici, c’est le Directeur
d’un grand établissement d’enseignement supérieur qui décide de
supprimer le concours d’entrée, pour, sous couvert de diversité,
renforcer la cooptation des élites et battre en brèche l’égalité
républicaine et la méritocratie. Là, c’est l’autonomie des universités,
et le glissement vers leurs financements privés. C’est encore l’abandon
de la langue française dans la traduction des brevets. C’est la
privatisation rampante des services publics, et aujourd’hui, c’est au
tour de la Poste de subir des bouleversements au nom de la concurrence.
C’est le consensus libre-échangiste réaffirmé au dernier G-20. C’est
l’annonce de l’alignement militaire et diplomatique de la France sur
les Etats-Unis, avec le retour au commandement intégré de l’OTAN. Scandale ! La France
n’appartient pas aux élites autoproclamées qui veulent la noyer ; elle
appartient au peuple, elle a une Histoire, elle doit s’en montrer fière
et digne ! Certes, il est moins désagréable de s’aligner sur Barack
OBAMA que sur George BUSH, mais est-il si saugrenu de revendiquer le
droit de ne pas s’aligner du tout ?! Non, nous voulons rester, que
dis-je redevenir, un peuple libre !
Ne nous y trompons pas dès lors. Cette
crise n’est pas le retour des Nations. On se souvient que l’Etat
existe, mais c’est pour y puiser les ressources censées conforter
l’oligarchie mondiale. Lors de sa dernière intervention télévisée, le
Président n’a rien annoncé qui trace la perspective d’un nouveau
système commercial, protecteur d’emplois et de savoir faire. Il n’a
rien annoncé qui trace la perspective d’une affirmation du modèle
social français, d’une défense de ses services publics en Europe, voire
face à l’Europe. Il n’a même pas voulu le plafonnement des
rémunérations des grands patrons. Non, ne soyons pas dupes : dans la
boîte à outils présidentielle, l’Etat est le dernier instrument qui
marche encore. Alors, on l’utilise, mais les buts et la vision du monde
de ceux qui nous gouvernent n’ont pas changé.
Plus que jamais, il faut donc être
inquiets pour le peuple français, pour l’avenir de la France, et pour
l’avenir du projet universel progressiste qu’elle porte ou devrait
porter pour le monde entier.
Mais il faut aussi espérer. D’abord
parce que, en tant que militants, l’espoir est pour nous un devoir ; la
résignation serait une trahison.
Ensuite, parce qu’il y a des raisons
objectives d’espérer. Le mouvement social, même disparate, même sans
ligne claire, même sans débouché politique aujourd’hui, témoigne de la
capacité de résistance du peuple français. Non, Coca-Cola et Nintendo
n’ont pas définitivement lobotomisé les cerveaux des petits français
devenus grands ! Et même si, après des années de laxisme éducatif et de
consumérisme abêtissant, l’on confond souvent De Gaulle et
Vercingétorix, on a au moins gardé quelque part dans la tête l’idée que
la France peut être rebelle !
Il ne faut donc pas désespérer des citoyens de ce pays.
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Jeudi 12 Février 2009